Temps de chien pour les robots domestiques des deux côtés de l’Atlantique en 2019 !

Un article de Techcrunch du 26 décembre 2019 listait 14 start-up ayant baissé définitivement le rideau dans les douze derniers mois. Parmi elles, il y a d’abord eu Anki et son fameux robot Cozmo. Elle avait levé “la modique somme” de 182 millions de dollars durant ses 9 années d’existence.

Ce texte évoquait également la plus courte vie du robot Jibo qui n’avait eu le temps de collecter qu’une “broutille”, 72,7 millions de dollars exactement !

Trêve de plaisanterie, ces deux robots ont mine de rien englouti, plus d’un quart de milliard de billets verts de l’oncle Sam

Revenons en France. Après le triste Noël 2019 qu’avait concocté la jeune pousse Mainbot avec son robot Winky, je me suis souvenu des 3 Lois de la Robotique d’Isaac Asimov

  1. un robot ne peut porter atteinte à un être humain, ni, en restant passif, permettre qu’un être humain soit exposé au danger ;
  2. un robot doit obéir aux ordres qui lui sont donnés par un être humain, sauf si de tels ordres entrent en conflit avec la première loi ;
  3. un robot doit protéger son existence tant que cette protection n’entre pas en conflit avec la première ou la deuxième loi. (extrait page Wikipedia)

Les victimes ont été les contributrices et contributeurs de ses deux campagnes consécutives de Crowdfunding sur Ulule et Indiegogo, puis les acheteurs à la Fnac.

Mais surtout je pense à tous les enfants qui étaient supposés découvrir sous le sapin de Noël, un robot en kit à assembler eux-mêmes. Ils n’ont reçu en lieu et place, qu’un encombrant objet inutilisable… dans le meilleur des cas.

Le 18 décembre 2018, un court post LinkedIn de Jonathan Janik, responsable de la deuxième campagne, présentait pourtant dès le premier paragraphe, un pedigree de Mainbot irréprochable

La start-up Mainbot est à l’origine de Winky, un robot éducatif pour apprendre les bases de la robotique et de la programmation aux enfants de 5 à 11 ans. Accélérée à l’Ecole Polytechnique, elle est soutenue par des actionnaires prestigieux tels que Jérôme Bédier (ex-secrétaire général du Groupe Carrefour) et Bruno Maisonnier (Fondateur et CEO d’Aldebaran Robotics revendu pour 100 millions d’euros à SoftBank en 2013). (les mots en gras sont d’origine)

Le problème c’est que Winky a violé les 3 Lois de la Robotique d’Asimov

Loi de la Robotique d’Asimov #1 : Winky a mis en danger le Noël de centaines d’enfants en restant passif à la sortie de sa boîte

Loi de la Robotique d’Asimov #2 : Winky n’a donc pu obéir aux ordres attendus d’élèves ayant soif des nouvelles connaissances promises

Loi de la Robotique d’Asimov #3 : Winky a protégé ses intérêts au détriment de ces jeunes informaticien(ne)s en herbe.

J’avais publié une analyse qui anticipait l’issue de ce projet, alors encore dans les limbes. C’était le 1er janvier 2018, après leur sélection par Business France pour la French Tech dans le cadre de leur participation au CES 2018.

Finalement le robot a été livré sans plan et garantie pour le démonter/remonter contrairement à une promesse initiale.

Dans ces conditions, je ne vois pas trop l’intérêt pédagogique pour l’apprenti(e)-mécanicien(ne)…

Je m’interroge à quoi peut bien servir réellement ce robot sinon pour l’instant à un onéreux et capricieux doudou électronique. Par intermittence, Winky clignoterait de ses yeux LED en émettant des couinements non intelligibles… dans le scénario le plus favorable.

The Over Promise And Under Deliver Trap!

Le fondateur de Mainbot, Boris Kesler, ancien élève de l’IE Business School à Madrid, sorte d’équivalent hispanique d’HEC, est tombé dans un piège facile. Celui de sur promettre et de sous délivrer afin de maximiser le chiffre d’affaires à court terme. Juste le contraire de ce qu’il aurait dû faire…

J’en veux pour preuve mon tweet du 20 mai 2019 pendant la campagne de Crowdfunding sur Ulule

J’ai rarement visionné une vidéo aussi “deceptive” pour une campagne de #crowdfunding (@winkyrobot) : https://fr.ulule.com/winky-robot/ Je ne suis pas sûr que Kickstarter l’aurait d’ailleurs acceptée… Livraison en novembre 2019 ? On en reparlera… (@ululeFR)

Pour celles et ceux qui ont chez eux ce robot, je vous propose un mini test.

Regardez attentivement la vidéo de la page Mainbot sur Ulule. Comparez les promesses qui y sont exposées à ce que votre “presse-papier” est capable de réaliser.

Je peux comprendre votre frustration si vous avez ressenti une forte déception. Elle ne devrait plus se reproduire après cet exercice douloureux.

L’entrepreneur franco-uruguayen a cumulé 5 Maladresses du Débutant

Maladresse du Débutant #1 : Boris a privilégié une première livraison à la Fnac pour honorer des engagements imprudemment pris avant d’être en capacité de livrer en priorité tous ses contributeurs sur Ulule

Maladresse du Débutant #2 : Boris n’a pas hésité à pratiquer l’astroturfing en bourrant de faux avis positifs la page du descriptif de la Fnac. Heureusement pour Mainbot que cette enseigne est une belle endormie. Elle n’a pas encore publiquement réagi !

Maladresse du Débutant #3 : Boris a minimisé ou tout simplement caché dans ses communications directes ou sur les réseaux sociaux, la réalité dramatique de la situation jusqu’à ces derniers jours. Il a oublié de jouer la transparence en temps réel, seule carte gagnante quand on vit une situation de crise

Maladresse du Débutant #4 : Boris s’est appuyé sur les médias avec un succès certain (EGO) au détriment du développement d’une véritable communauté de parents soucieux de l’éducation de leur progéniture (ECHO)

Maladresse du Débutant #5 : Boris a commencé à vouloir vendre des applications payantes dans ses échanges sur Facebook avant même d’avoir tout livré, effectuant ensuite un rétropédalage.

Sans surprise face à ces ratages, une communauté indépendante a vu le jour sur Facebook afin de trouver ses propres réponses.

Je ne résiste pas à republier le commentaire d’Alexandre laissé le 4 janvier 2020 sous ma première analyse sur Mainbot

je me permets un update de votre article et de sa vision.
Nous sommes désormais en 2020 et effectivement Winky sort tout juste d’usine.
Il fait encore figure de prototype non fonctionnel ; j’en témoigne en tant que propriétaire et une rapide lecture des commentaires Ulule, fnac ou facebook du projet vous le confirmera.
Pourtant ce fut incontestablement une success story Made in France annoncée : forte couverture médiatique, opération de financement rondement menée (1ere campagne tech Ulule sur 22000 projets avec +1000 familles convaincues).
Alors un Austerlitz sur la vision et le marketing qui a visé juste ?
Mais un Waterloo sur la production et l’expérience client ?
Napoléon aurait dit “Le plus grand péril se trouve au moment de la victoire” ou encore, “du sublime au ridicule, il n’y a qu’un pas”, quoi qu’il en soit Mainbot et son robot Winky laissera un goût amer à tous ceux qui ont participé à sa campagne de l’hiver 2019.

Il aura fallu attendre le 3 janvier 2020 pour que Boris publie une vidéo de 6 minutes et 31 secondes sur YouTube pour s’excuser et communiquer un plan d’actions.

Cependant, n’était-il pas déjà trop tard pour retrouver la confiance perdue ?

J’espère que mon analyse servira de leçons à tou(te)s les candidat(e)s à une première aventure entrepreneuriale…

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