Pourquoi la campagne d’Equity Crowdfunding de Hera-MI sur Wiseed s’apparente plus à une campagne de dons pour la Recherche contre le Cancer

Hera-MI est une SAS au capital de 77 260 euros, créée le 6 avril 2017 dans le département de Loire-Atlantique par une biologiste de formation, Sylvie Davila, sa présidente, actionnaire très majoritaire et le radiologue Bruno Scheffer, son directeur médical. Les 2 cofondateurs ont été rejoints en 2018 par Mickael Tardy, en tant que directeur scientifique. L’informaticien a débuté une thèse sur l’Intelligence Artificielle dans le cadre de ses nouvelles responsabilités professionnelles.

Les 3 dirigeants ont tous travaillé au préalable pour Keosys Medical Imaging.

Moins de deux mois après sa création, le 30 mai 2017, l’Institut de Cancérologie de l’Ouest ou ICO, dans un échange de bons procédés semble-t-il, a annoncé avoir pris une participation de 4 % dans le capital de Hera-MI, moyennant un investissement de 15 000 euros.

L’information ne sera ensuite que succinctement reprise page 10 de son rapport d’activité annuel de 21 pages, en légende d’une photo au format vignette, représentant je suppose, les signataires du pacte d’actionnaires.

La start-up a célébré son 2ème anniversaire hier samedi 6 avril 2019. Elle développe en continu, Breast-SlimView, une application aux ingrédients précis top secrets, composée d’Intelligence Artificielle, de machine learning et de réseaux neuronaux. La cible commerciale indirectement visée est constituée des radiologues, afin de leur faire gagner du temps et de les aider à détecter le plus en amont possible, la moindre trace d’un cancer du sein

Le brevet Breast-slimView repose sur le procédé de négativation des examens de mammographies. L’algorithme va automatiquement détecter sur l’image les éléments physiologiquement normaux (la graisse, les vaisseaux, le tissu conjonctif, la graisse…), les supprimer et les remplacer pas de la graisse.
  

Le marché est là, la France propose un dépistage du cancer du sein 100% pris en charge par la Sécurité Sociale, pour chaque femme volontaire âgée entre 50 et 74 ans.

Hera-MI recherche depuis le 1er avril 2019 sur Wiseed 300 000 euros pour un besoin total en nouveaux financements évalué à 500 000 euros. Elle sollicite les wiseeders pour devenir à titre individuel actionnaire, à partir de seulement 100 euros.

La communication de la plate-forme d’Equity Crowdfunding sur les réseaux sociaux LinkedIn et Twitter est basée sur le Pathos, en faisant (trop ?) appel à l’émotion des membres de sa communauté, mais ce n’est que mon humble réflexion…

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Les premiers mots de la présentation du projet sur Wiseed rappellerait le contenu du site de la Fondation Arc et ne fait que renforcer mon a priori

Nous avons tous malheureusement déjà été confronté de près ou de loin au cancer du sein. Le cancer du sein est le 1er cancer en terme de fréquence chez la femme et représente la 1ere cause de décès par cancer chez la femme. 1 femme sur 8 sera concernée par le cancer du sein au cours de sa vie. Cependant s’il est détecté de façon précoce, il peut être guéri dans près de 90% des cas. La taille du cancer lors du diagnostic initial est l’un des quatre facteurs principaux du pronostic et elle conditionne la prise en charge médicale et chirurgicale.

Je laisse volontiers la parole à Fabien Raynaud, lecteur fidèle de ce blog et wiseeder de la première heure très actif, afin de nous faire partager ses premières impressions synthétisées en 5 phrases

Mon avis sur ce projet :
– Un vrai besoin de pouvoir aider les praticiens à faciliter leurs diagnostics à base d’images (surtout 2D mais aussi 3D).
– Une solution innovante, brevetée  et différenciatrice par rapport à ce qui existe déjà.
– Un cœur de métier très technique (analyse de l’image) pour lequel on peut imaginer d’autres applications que le cancer du sein (en cas de pivot, ou de développement pour plus tard).
– Un bon business model se basant sur des alliances avec les fournisseurs pour mieux pénétrer le secteur médical (difficile à attaquer en B2B)

– Last but not least: Une bonne équipe soudée avec des talents aussi bien techniques (sur l’aspect intelligence artificielle où ce n’est pas du bullshit pur), qu’avec de bonnes connaissances dans le domaine de l’imagerie médicale.

Je fais une lecture différente de ce projet quand je reprends les 3 critères kchehck.

Après, chacun fait ce qu’il veut et participera ou non à l’augmentation de capital offerte. Je vous invite à visualiser sur ce sujet, la vidéo de notre Warren Buffett national, Gabriel Jarrosson, fondateur du club privé d’investissement Leonis.

Désirabilité/Communauté (-)

Hera-MI a une présence sur le web a minima. Son site est toujours en construction et sa page LinkedIn n’est suivie que par 135 personnes. Elle n’a ni compte Twitter, ni page Facebook.

Elle n’a visiblement pas cherché à constituer dès le premier jour, une communauté de  radiologues/sénologues/oncologues pour les évangéliser sur la technique originale du docteur Scheffer, de gommage automatisé des zones non atteintes par un cancer.

Pourtant son brevet n’aura de valeur un jour que si sa négativation algorithmique est validée par une majorité de ces praticiens.

Je m’interroge sur le danger potentiel de confier à un logiciel le soin de rendre invisibles les parties de l’anatomie mammaire où il n’y aurait rien de suspect.

Faisabilité (-)

La start-up ne dispose que d’un Minimum Viable Product lui permettant de faire des démonstrations de ses fonctionnalités. Nous sommes encore loin ÀMHA, d’un logiciel prêt à être commercialisé, prévu initialement en janvier 2020. Alimenté par des dizaines de milliers de cas pratiques, il devra rivaliser avec les meilleurs sénologues mondiaux pour s’imposer sur un marché global qui s’annonce très très compétitif.

Elle n’a pour l’instant rendu publique aucune documentation sur les attributs de son logiciel et entretient le plus grand flou sur les futurs résultats de ses tests cliniques en cours. Ils permettront de connaître enfin un premier vrai taux de faux négatifs, donnée vitale au regard de sa méthode d’analyse unique.

Voici la définition de la Fondation contre le Cancer belge.

Un résultat de test faux négatif n’indique pas la présence d’une maladie particulière chez une personne même si elle a réellement cette maladie.

Hera-MI doit encore obtenir le marquage CE pour un Dispositif Médical Classe IIa, ce qui correspond à un degré moyen de risque. Je ne vois pas les autorités européennes se prononcer immédiatement sans les résultats des essais cliniques en cours, même s’ils ne sont que facultatifs dans cette procédure. Elles ne pourront pas se contenter, à la différence des wiseeders, de faire acte de foi !

Modèle Économique (-)

Hera-MI parie les 18 premiers mois de la commercialisation de son offre sur une exclusivité avec FujiFilm France, Medical Systems Business. Le fabricant/distributeur a pour objectif avant tout, ÀMHA, de se servir de Hera-MI, plus comme cheval de troie pour conquérir les hôpitaux publics français. L’entreprise d’origine japonaise a titré un publi-reportage d’une page parue dans le numéro de mars-avril 2019 de Techniques Hospitalières

Fujifilm à la conquête de l’hôpital avec l’Intelligence Artificielle

Son directeur marketing, Lionel Sanglé-Ferrière, y déclare notamment, notre présence est historiquement plus forte dans le secteur privé.

FujiFilm a bien intégré qu’il y a un glissement rapide de la création de valeur, de ses appareils au profit de l’automatisation des flux et de l’analyse/interprétation des images capturées par ses soins, grâce à des algorithmes développés principalement par des start-up.

Afin d’éviter de se faire Kodakiser, elle a créé une plate-forme ouverte, REILI, qui propose à ses clients les offres applicatives d’autres sociétés, en complément de son catalogue de matériel médical et de ses propres logiciels. C’est très bien expliqué par un de ses cadres US, William Lacy, dans cette vidéo.

La préoccupation première de FujiFilm, est de présenter des solutions d’IA afin de mieux placer ses équipements, pas obligatoirement de réaliser l’objectif de ventes d’Hera-MI à sa place.

Hera-MI agit dans un milieu très concurrentiel avec particulièrement pour ne se focaliser que sur la France, Therapixel, un acteur français que je trouve personnellement redoutable. Il a voulu valider internationalement la supériorité de son algorithme MammoScreen en participant à un concours aux États-Unis, le Digital Mammography Dream Challenge. La start-up a remporté le premier prix en mai 2017.

Therapixel a annoncé le 13  mars 2019 avoir levé 5 millions d’euros dans une Série A auprès de Omnes et de M Capital Partners.

Elle est certainement la mieux placée de nos start-up francophones, pour affronter IcadMed cotée au NASDAQ et dont la solution ProFound AI a reçu le marquage CE et l’accord de commercialisation par la très sélective Food and Drug Administration ou FDA.

La Banque Publique d’Investissement devrait éviter de se disperser et concentrer tous ses efforts sur ce seul acteur, afin d’exclure que Therapixel se fasse racheter par un acteur américain.

Les prétendants ne doivent pas manquer après la visibilité acquise à la suite de sa victoire au challenge international organisé par… IBM.

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