Petit récit de démondialisation à masques forcés pour cause de Coronavirus

Dans mon dernier post consacré au fonds d’investissement Kima Ventures et son responsable Jean de la Rochebrochard, j’avais écrit

N’oublions pas que cette crise va être l’équivalent d’avoir appuyé brutalement sur un énorme bouton rouge RESET! Tout va ainsi changer, l’environnement sociétal, les modèles économiques et les priorités des clients.

Il y a deux scénarios à la sortie du confinement.

Soit personne ne modifie ses activités et tout le monde fait semblant de croire que rien n’a changé. Soit plus probablement, nous allons connaître des bouleversements qui nous contraignent à nous adapter. Il est extrêmement difficile d’en concevoir aujourd’hui, à la fois leur nature précise et l’ampleur.

Il faudra cependant bien en anticiper les conséquences. Ce sera juste une question de vie ou de mort pour de nombreux acteurs économiques.

Je ne suis pas sûr que les finances de notre État, authentique mère providentielle, résisteraient bien longtemps à une version 2.0 d’un virus aussi glocal que contagieux. D’ailleurs, restera-t-il alors suffisamment de Limited Partners pour continuer à parier un argent devenu plus précieux que jamais ? Les propres réserves monétaires des LP’s auront été vraisemblablement quelque peu écornées par les suites de la pandémie…

Mais qu’est-ce que vous avez tous à me poser la question ?

Depuis les débuts de Radio Château, Jean avait du répéter à plusieurs reprises, que Kima ne finançait pas de start-up dans le hardware, principalement parce que… le hardware, c’est hard!

Le VC particulièrement connu jusque là pour ses posts en anglais sur Medium, ne faisait que répondre à la question identique démultipliée par plusieurs de ses auditeurs, à son plus grand étonnement.

Kima n’analyserait sans doute même pas votre projet de fabrication/e-commerce de masques protecteurs malgré ses ambitions légitimes de revenu récurent via des formules d’abonnement. De toute façon, il lui manquerait un gadzart dans son équipe, pour savoir apprécier à leur juste valeur, la nature industrieuse de ces nouveaux atomes.

Ne lui proposez de préférence, que des suites infinies de 0 et de 1 sous forme d’une application de chat group audio sur Iphone à propagation virale exponentielle à la Tik Tok

Quel contraste avec l’objet de la visite du Président de la République à Kolmi-Hopen, le mardi 31 mars 2020 ! Le discours d’Emmanuel Macron à cette occasion était basé principalement sur la nécessité de reprendre en main notre destin industriel

Mais il nous faut aussi, et à mes yeux aujourd’hui avant toute chose, produire davantage en France, sur notre sol. Produire parce que cette crise nous enseigne que sur certains biens, certains produits, certains matériaux, le caractère stratégique impose d’avoir une souveraineté européenne. Produire plus sur le sol national pour réduire notre dépendance et donc nous équiper dans la durée.

… notre priorité aujourd’hui est de produire davantage en France et de produire davantage en Europe. Partout où nous avons des sites de production français, de monter en volume, d’embaucher, de pousser davantage nos capacités et de créer aussi de nouvelles capacités de production.

Nous sommes passés de 4 millions par semaine à 40 millions par semaine pour les soignants à peu près et cela a mis une forte tension sur le stock existant.

En attendant, la France devait commander/importer 1 000 000 000, 2 000 000 000 depuis, de masques made in China !

En France, la PME de Saint-Barthélémy d’Anjou fournissait déjà les 3/4 de nos besoins nationaux avant la crise. Toutefois, l’entreprise angevine est la propriété du groupe canadien Medicom. L’État a du procéder à une réquisition afin de s’assurer de l’exclusivité de ses débouchés

Un effort extraordinaire a été fait ces dernières semaines avec l’aide des services de l’État, de la Chambre de commerce et d’industrie, d’une mobilisation exceptionnelle de l’entreprise, de nombreux partenaires qui a permis d’augmenter les effectifs de 50 %, de faire tourner l’usine 7 jours sur 7, 24 heures sur 24, de commander nos nouvelles machines qui sont en train d’arriver. La production en quelques semaines ici a d’ores et déjà doublé. Et nous allons aller plus loin tous ensemble. Avant la crise, nous produisions en France 3,3 millions de masques par semaine. Fin avril, nous serons à plus de 10 millions.

Je continue de m’interroger, qui seront les dignes successeurs des Biotteau (Chaussures ERAM), Bodet (Horlogerie industrielle Bodet), Chiron (Viandes Charal), Pasquier (Brioches Pasquier), Salmon (Vêtements pour enfants Catimini), Ollivier (Raccords et tuyaux Nicoll),…

Tous ces noms sont extraits de ma préface du livre de Fabien Raynaud, Startup : J’y vais, J’y vais pas: Le guide du parfait Business Angel. Je voulais rendre hommage dans ce texte aux fondateurs d’un capitalisme sans capital d’après guerre.

La priorité du jour d’après, ne sera peut-être plus de financer un énième social network simplement parce que ses fondateurs ont à la bouche plein de promesses, sont jeunes, sympathiques, super optimistes et portent chacun(e) un hoodie au nom de leur start-up…

Je pense que cette remise à zéro va avoir 10 conséquences pour l’écosystème entrepreneurial :

Conséquence #1 : Retour en forte grâce des start-up qui fabriquent des biens tangibles

Conséquence #2 : La proximité du lieu de fabrication fera loi avant la notion du moins-disant en terme de prix

Conséquence #3 : La durabilité de ces biens et leur capacité à être remis à neuf localement seront de plus en plus discriminantes dans les choix d’un consommateur échaudé par leur ancienne obsolescence physique et/ou marketing accélérée

Conséquence #4 : La rentabilité du modèle économique devra être validée avant de s’embarquer dans une fuite en avant vers des marchés extérieurs européens ou mondiaux

Conséquence #5 : Le Financement Participatif va de plus en plus se substituer à des VC’s qui seront aux abonnés absents

Conséquence #6 : Retour en considération de la pyramide de Maslow pour déterminer la priorité des besoins à couvrir

Conséquence #7 : La frontière entre start-up et petite entreprise va s’amoindrir car cette dernière ne connaîtra pas la crise ou beaucoup moins

Conséquence #8 : Toute start-up devra démontrer une véritable valeur ajoutée sur le plan global

Conséquence #9 : Ce sera le règne sans partage de la start-up cafard

Conséquence #10 : Enfin, la start-up au cœur du XXIe siècle sera 100% Éthique ou ne sera bientôt plus.

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Petit récit de démondialisation à masques forcés pour cause de Coronavirus

2 réflexions au sujet de « Petit récit de démondialisation à masques forcés pour cause de Coronavirus »

  1. Merci pour ton article.
    Je suis en désaccord : voyant les projets hardware mourir à cause de la crise et les projets software se développer (Netflix, Zoom, etc.), les entrepreneurs auront envie de créer leur prochaine startup en mode “crisis-proof” et donc dans le digital ! D’ailleurs tous les entrepreneurs du hardware ayant mis la clé sous la porte ne referont pas 2x la même erreur & iront se reconvertir dans le digital !

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