Mais que Meero était jolie en criant dessus les toits “Ça ira, ça ira, toute la vie”

Mardi 15 octobre dernier, EY France avait réservé la Salle Pleyel pour célébrer sous une pluie de flash espérée, le prix de la startup 2019. L’année dernière, c’était la société morlaisienne Hemarina qui avait reçu la récompense suprême dans cette même salle de spectacle.

La biotech avait développé Hemo2life, un rajout de sang filtré de vers marins à un liquide de conservation existant, afin de prolonger la durée de vie d’un organe humain greffé attendant une transplantation. En ce dimanche 20 octobre 2019, Hemarina est toujours en attente d’un marquage CE l’autorisant enfin à débuter la commercialisation européenne de son procédé médical. Il ne faudrait pas qu’elle finisse par manquer d’oxygène à son tour, au bout de plus de deux ans d’attente.

En 12 mois, le trophée EY n’avait donc finalement provoqué aucun miracle et était devenu un simple lot de consolation symbolique pour sa détentrice !

Ce genre de célébration me rappelle une vieille histoire. J’avais invité à un salon parisien, ancêtre en quelque sorte de l’E-learning Expo, notre nouveau partenaire britannique. Il avait développé un outil d’auto-formation innovant et je désirais qu’il puisse le présenter en personne et en V.O. lors de cet évènement.

L’organisateur, sans doute surpris par l’accueil extrêmement positif, me confia à titre de fausse confidence, que ce speaker devait absolument rester pour la cérémonie de clôture. La coupe de la meilleure application lui serait certainement attribuée m’assura-t-il…

Je partageais ce scoop avec notre futur lauréat qui n’avait pas prévu de rester la soirée à Paris. Contrarié, il changeait néanmoins ses plans de voyage par politesse. Malheureusement, il ne reçut pas l’oscar promis et une autre vieille pousse rafla la mise.

Devant mon air désagréablement surpris, il me glissa à l’oreille son appréciation de la situation en souriant. Il se souvenait d’un dessin humoristique dans un quotidien américain, où le gagnant d’un prix comparable regagnait sa place, transformé en squelette.

Moralité, me précisait-il, l’entrepreneur galvanisé par sa récompense non monétaire, oublierait vite que le plus important pour son entreprise, star d’un soir, ce sont ses clients, son chiffre d’affaires et sa rentabilité… Il me désigna discrètement du regard, l’heureux vainqueur nouvellement auréolé qui allait retrouver sa chaise.

Effectivement, il fit faillite quelque temps plus tard. Mon ami réussit quant à lui, à faire racheter sa société, par une multinationale américaine, lui permettant l’année suivante de faire un tour du monde en voilier avec sa famille.

Je vous raconte cette anecdote pour que vous compreniez toute l’importance que  j’accorde depuis, à ces médailles en chocolat distribuées généreusement…

Mais revenons au choix 2019 de EY. Elle avait choisi de célébrer Meero, cliente dont elle assure les responsabilités de commissaire aux comptes depuis le 8 novembre 2017, selon societe.com.

Peut-être n’avait-elle pas été insensible, elle non plus, aux 230 millions de dollars que la jeune entreprise avait levé au mois de juin 2019. Après tout, les bons comptes ont toujours fait les meilleurs amis du monde.

Mais s’il suffisait d’arroser abondamment d’argent liquide une jeune pousse pour en faire un séquoia, alors cela se saurait…

Une somme impressionnante qui en a fait de facto une licorne à la française pour le club d’origine étatique hyper sélect du nouvel indice Next40. Grosso Modo, Meero aurait un parc de 60 000 photographes partout dans le monde, qui pourrait expliquer à lui-seul, une valorisation théorique supérieure au milliard de dollars.

J’ai cependant identifié 3 Menaces Principales qui nécessiteraient une attention à la kchehck de tous les instants…

Menace Principale #1 : Légale

Meero devra choisir le plus rapidement possible entre transformer ses photographes en salariés et payer leur Sécu/Mutuelle ou leur rétrocéder la totalité des droits d’auteur.

L’activité des mariages prévue en fin d’année pourrait bien représenter une cause de divorce définitive avec les photographes professionnels, si cette gigantesque ombre au tableau n’était pas traitée d’ici là.

Meero risquerait de perdre la compétitivité qui fait tout son charme, si devenu(e)s salarié(e)s, ses photographes devaient être payé(e)s de leurs temps réels d’interventions, incluant ceux des déplacements et des préparations. Et je n’ose évoquer le remboursement de l’amortissement des milliers d’euros de leur matériel photographique à titre individuel…

Certains commencent à hausser le ton. Je ne suis pas sûr qu’ils soient plus sensibles que cela, à cette distinction sémantique prudente, opérée à travers le temps par les dirigeants de Meero, entre recrutement et sélection.

Thierry a écrit le 7 juillet 2019 en commentaire d’un article de Marine Protais, daté du 28 juin 2019 sur le site de L’ADN, intitulé Travail à la chaîne, tarifs ridicules… Meero, la nouvelle licorne française, fait hurler les photographes

…les “missions” confiées sont tellement encadrées par le cahier des charges Meero qu’on n’est plus dans l’intermédiation entre un client et un indépendant. Le lien de subordination est évident, et les missions Meero devrait être salariées…

L’Union des Photographes Professionnels ou UPP, précise notamment, dans un communiqué publié le 4 septembre 2019

De ce fait, signer des contrats de prestation avec des photographes indépendants revient à reconnaître une autonomie créative dans l’exécution de la prestation. Cela confère juridiquement aux images prises dans ce cadre le statut d’œuvres de l’esprit protégées par le Code de la propriété intellectuelle, et dont l’utilisation doit être rémunérée en cession de droits. 

ÀMHA, en cas de requalification à la californienne par un tribunal français, les photographes seraient en droit de réclamer des comptes jusqu’aux illustres clients de Meero également (Booking.com, Airbnb, Deliveroo,…).

Les photographes ne supporteront pas ce flou pourtant artistique, indéfiniment.

Menace Principale #2 : Technologique

Ce sont les limites du fameux Fake it until you make it ou en français Fais semblant jusqu’à ce que tu y arrives.

Je veux vous parler de celles de la retouche automatisée des photos, principal avantage concurrentiel attribué à la start-up. Jusqu’à présent, elle exploite superbement les mots encore à la mode, tels que Machine learning ou Intelligence artificielle.

Antoine Bzx doute de leur réalité sous une tribune d’Étienne Boulanger, publiée par Maddyness le 21 juin 2019

ça veut rien dire du tout. Il y a une différence entre dire qu’on veut lever des fonds et la lever, surtout en baratinant ses potentiels investisseurs en leur racontant qu’on a une IA de retouche alors qu’on fait retoucher en Inde. En même temps il faut être con pour croire qu’ils auraient une intelligence artificielle qu’Adobe n’aurait pas.

ou generalbol depuis l’article déjà mentionné de L’ADN

La fameuse intelligence artificielle n’est rien d’autre au final qu’un preset Photomatix !
Quelle belle arnaque, lol.

ou Anonyme toujours via L’ADN

La fameuse IA derrière les retouches… ce sont des gens exploités en Inde qui retouche pour moins cher qu’en France. C’est beau l’innovation. Bien sur Meero démentira.

ou Franck Parisot le 4 octobre, dans cet extrait de son commentaire sous un post intitulé Meero : à qui la faute ? sur le site Apprendre la photo

Son AI est plus que douteuse. Personne n’a vu son logiciel.

ÀMHA, le plus gros risque ici pour Meero, c’est d’avoir conçu un immense puzzle organisationnel et humain qui sera rendu plus rapidement qu’elle ne le croît, totalement obsolète. On peut compter pour y parvenir, sur les fils spirituels de Mike Krieger et de Kevin Systrom, les deux créateurs d’Instagram.

Son rachat par Facebook les a sans doute empêchés d’aller jusqu’au bout pour rendre toutes les photos encore plus belles et parfaites.

Deux jeunes passionnés de moins de 25 ans, aussi férus de photographie que de code, pourraient s’auto-attribuer cet héritage au goût d’inachevé, à partir du garage de leurs parents. Ils automatiseraient définitivement la retouche d’images afin de la rendre invisible depuis votre smartphone.

En attendant, Meero sera-t-elle condamnée à continuer d’alimenter une armée de retoucheurs d’images pour avoir présenté un jour à ses actionnaires, l’équivalent de ce qui ne serait finalement qu’un nouveau Turc Mécanique ?

Menace Principale #3 : Concurrentielle

Myphotoagency cocréée en 2012 par Sarah Aizenman a exactement le même modèle économique que Meero. Cependant, elle a choisi de se développer de manière organique, en évitant de lever trop d’argent.

Elle semble être plus respectueuse de sa communauté de photographes. J’ai été faire un petit tour dans ses conditions générales d’utilisation [PDF].

J’y ai notamment lu larticle 10.2

Le Photographe est le seul propriétaire des droits de propriété intellectuelle attachés, le cas échéant, au Contenu Photographe

ÀMHA, Meero est peut-être une Licorne en papier (argentique) mais Myphotoagency est définitivement un cafard

Conclusion

Visiblement, EY manque d’outils d’analyse spécifiques pour évaluer et appréhender une start-up plus finement, à la différence de Kchehck.

J’ai visionné à plusieurs reprises le clip vidéo sur Meero qu’elle a produit, pour célébrer sa cliente.

J’y ai noté la philosophie de son cocréateur, Thomas Rebaud, à partir de 2:19

Il y a 3 valeurs principales. Pour les résumer

1 – Sois ambitieux. Fais pas 1 quand tu peux faire 5 ou 10

2 – Si tu dois te planter, plantes toi c’est pas très grave, par contre mets y les moyens, plantes toi vraiment, saches pourquoi et relèves toi et on recommence

3 – Mets du fun dans ce que tu fais, amuses toi au boulot…

Cette mini déclaration du cofondateur de Meero sera ironiquement saisie sans filtres, par l’Iphone de l’ami Georgio

Plantes toi ce n’est pas grave surtout avec l’argent des autres et en plus si tu t’amuses … 😂 😂


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