Le ver marin d’Hemarina recalé pour se substituer aux Respirateurs électroniques des Hôpitaux de Paris !

J’avais intitulé mon post hebdomadaire dominical du 22 mars 2020 Ces Dr Doxey qui voudraient bien pouvoir nous fourguer leur médecine miracle !

Au regard du dirigeant d‘Hemarina, j’avais notamment écrit

Alors la pandémie actuelle représente un ultime effet d’aubaine. Franck Zal a déclaré que comme nous étions en guerre contre le coronavirus, il fallait s’affranchir de toute contrainte réglementaire. Il a imaginé que sa molécule M101 pourrait même remplacer les respirateurs artificiels potentiellement en nombre insuffisant dans les hôpitaux au pic attendu de l’épidémie

Sa biotech avait obtenu le 3 avril, l’autorisation du Comité de protection des personnes après celle de l’ANSM afin de procéder à une expérimentation a minima. Elle concernait 10 patients dans 2 établissements hospitaliers publics parisiens, Georges Pompidou et la Pitié-Salpêtrière.

La semaine qui vient de se terminer devait être marquée par le début des essais et peut-être déjà ses premiers résultats. Franck Zal s’était engagé à une totale transparence planétaire en la matière.

Comme nous allons le voir ensemble sans plus tarder, sa précipitation lui fut bien mauvaise conseillère…

Un tweet d’Europe1 du jeudi 9 avril publié à 11h55 nous informait

Coronavirus : interruption de l’essai clinique avec du sang de vers marins

La devise de la ville de Morlaix dans le Finistère est s’ils te mordent, mords-les.

Franck Zal, morlaisien d’adoption, semblait avoir fait sienne la formule.

Hemarina était peut-être à terre mais son fondateur ne s’avouait pas encore définitivement vaincu. Il avait accordé le jour même un interview à Laurent Aquilo du quotidien Le Telegramme. Les questions & réponses avaient été mises en ligne sans perdre de temps, à 19h25 exactement. Le titre de l’échange est Franck Zal : « J’ai l’impression que notre essai gêne beaucoup de monde »

Cet article a suscité plusieurs réactions consultables librement sous le texte publié par le site web du journal breton, dont celle de Guy Michel postée à 6h45 le 10 avril. Je partage volontiers son contenu en entier

Par ce genre d’article dû à l’emballement médiatique le grand public peut croire qu’il s’agît ici de la solution miracle dont les résultats seront disponibles dans deux semaines.
Selon Mr Zal le sang du ver marin ne guérit pas du virus mais doit aider à oxygéner le patient et n’est donc pas spécifique au covid19. (source : interview à 20minutes)
Concernant le Covid19 seul il existe plus de 400 études dans le monde dont une quarantaine en France et les essais cliniques demandent beaucoup de temps, souvent des mois voir des années(source: clinicaltrials)
D’autre part si l’ANSM a réagi c’est qu’il y a une raison. Laissons les professionnels décider, ce n’est pas à nous de juger telle ou telle décision.
Tout ce qu’on peut rajouter ici risque de devenir discussion de comptoir comme le dit justement Etienne Roudaut dans son commentaire.

Franck Zal avait voulu précipiter un essai clinique de sa molécule pour cause d’urgence sanitaire. Il venait d’être frappé de plein fouet par son effet boomerang ! Il a du en sortir plus ou moins groggy mais s’est relevé immédiatement afin de pouvoir mordre à son tour.

Il avait martelé à son interviewer Je suis complètement confiant pour la suite puis Je suis complètement confiant que l’autorisation initiale va être redonnée avec les documents que l’on a fournis à l’ANSM avant de conclure Je suis complètement confiant sur la suite des opérations.

Inutile d’en rajouter une 4e couche, je crois que nous avions toutes et tous capté 5/5 le message qu’il avait tenté de faire passer aussi lourdement…

La tautologie forcée de l’expression Je suis complètement confiant façon méthode Coué, aura-t-elle son effet magique attendu pour faire revenir l’ANSM sur sa décision de suspension ?

Le dirigeant d’entreprise s’y permet également de porter de vagues soupçons sur l’établissement public de santé français dirigé par Martin Hirsch, ancien responsable de la Fondation Abbé Pierre

Je me pose pas mal de questions sur l’AP-HP, j’ai des interrogations…

Visiblement ce n’était pas la morbihannaise Christelle Roignant, spécialiste des relations presse et ancienne journaliste au Figaro, qui avait géré sa stratégie de communication. La professionnelle des médias a tweeté le lendemain

Communiquer sur le complot sans preuves est toujours vain et contreproductif

J’ai mené l’enquête à l’aide des robot-araignées de Kchehck

L’AP-HP avait rajouté cet encart sous fond bleu, au début de son communiqué du 4 avril  annonçant initialement les modalités pratiques de l’essai clinique à destination des journalistes

Suite à la décision de suspension de l’ANSM du 8 avril 2020 faisant état de résultats négatifs d’une étude préalable non portée à la connaissance de l’ANSM et de l’AP-HP, l’AP-HP a décidé de ne plus être promoteur de l’essai clinique de phase 1 visant à évaluer le produit de la société Hémarina M101 portant sur une protéine issue du sang de vers marins. L’essai n’avait pas débuté et aucun patient n’a donc reçu ce produit expérimental.

Quand vous cliquez à n’importe quel endroit du paragraphe, vous accédez à un courrier de 2 pages à l’en-tête de l’ANSM au format [PDF]. Il motive de façon très détaillée les raisons de la suspension en urgence de l’essai clinique. Il est signé par son directeur général.

Hemarina aura le droit, à l’image de tout justiciable, d’en faire appel auprès du tribunal administratif mais ses délais légaux ne lui conviendront sans doute pas. Elle devra attendre un délai d’un mois après la fin de la période d’urgence sanitaire, date non communiquée pour l’instant par les représentants de l’État…

Cela n’a pas empêché Hemarina d’avoir une interprétation plus optimiste d’un recours informel dans son communiqué de presse publié le 9 avril

Nous avons pris note du retrait de l’AP-HP que nous déplorons » explique Franck Zal, fondateur d’Hemarina, qui précise « Nous sommes confiants sur une autorisation rapide à venir de la part de l’ANSM, en collaboration avec un autre ou d’autres promoteurs cliniques à venir.» 

ÀMHA, Hemarina a sérieusement entamé son capital confiance vis à vis du gendarme des médicaments ainsi que des hôpitaux de Paris.

Peut-être que le commentaire de Pouic Pouic laissé le 10 avril sous mon analyse des Dr Doxley constituerait une sortie de secours ultime pour tester la fameuse molécule

Une idée pour lever le doute : le fondateur d’Hemarina est il prêt à s’injecter son produit ? Ce serait très classe.

Je lui ai répondu

Oui c’est une idée qui a je crois été testée dans le passé par l’inventeur d’un parachute qui l’avait essayé lui même du haut de la Tour Eiffel. Le parachutiste est mort à son arrivée brutale sur le sol…
https://www.youtube.com/watch?v=6gsnVntGoxM

Personnellement, je ne vois pas un hôpital de province ne pas suivre la décision de ses collègues parisiens, sauf peut-être l’Institut Méditerranée Infection du professeur Didier Raoult à Marseille…

Je termine en guise de conclusion, par la reproduction de ce court post publié le 9 avril sur LinkedIn par la scientifique Marilyne Labasque

Un scandale à la française? Vouloir injecter un produit issu d’un ver marin #Hemarina en omettant de divulguer aux autorités sanitaires les résultats chez l’animal: 100% léthal chez le porc. Effet d’annonce repris en chaîne par les médias et personnes qui ne sont que des trains fantômes d’une quelconque expertise scientifique surtout en pharmacologie et développement thérapeutique. Dans le système de santé, l’honnêteté a bien plus de valeur que l’espoir.

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