La pensée magique amplifiée par le CES au service d’une lampe stroboscopique pour les dyslexiques

Albert le Floch et Guy Ropars sont deux universitaires de Rennes 1 spécialisés dans tout ce qui touche à la lumière. Il y a un peu plus de deux ans, ils ont réussi à faire publier dans The Royal Society, les résultats d’une mini expérimentation bricolée dans leur garage

Left-right asymmetry of the Maxwell spot centroids in adults without and with dyslexia

C’était le 18 octobre 2017. Le journal avait reçu leur texte le 23 juin et l’avait accepté le 22 septembre.

Pour ces deux physiciens du laser sans aucune qualification médicale, la cause de la dyslexie proviendrait d’une malformation dans les yeux. Les tâches de maxwell seraient symétriques chez les dyslexiques qui par conséquent auraient deux yeux dominants. Cela empêcherait leur cerveau de discriminer correctement les lettres imprimées. Une lampe stroboscopique doublement réglable et inventée pour l’occasion, suffirait alors à corriger la lecture déficiente des personnes souffrant de cette pathologie. Elle effacerait l’effet gênant de l’image miroir ainsi créée.

Après tout pourquoi pas, nos deux Géo Trouvetou’s pensaient bien déjà avoir résolu le secret de la navigation des vickings

La veille de cette publication, Ouest-France n’avait pas hésité à titrer Des physiciens de Rennes 1 ont percé le mystère de la dyslexie. Un autre article du quotidien breton du 29 décembre 2017 éclairait ses lecteurs en spécifiant que le précédent texte en ligne avait été lu par… plus d’un million de personnes !

La machine médiatique allait continuer de s’emballer grâce aussi à une dépêche de l’AFP. Ce fut une course folle afin de participer à une compétition aussi improvisée que virale, du plus grand piège à clics ou clickbait initié par O-F.

Mais pour reprendre ce que j’avais écrit le 3 février 2019

Il ne faut pas toujours prendre à la lettre tout ce qui est écrit dans le journal, surtout quand il s’agit d’une biotech…

En fin de compte, ce qui vaut pour une biotech allait être également valable pour une medtech

Le contenu de l’article publié par la revue scientifique n’avait visiblement pas été évalué avant acceptation par des experts de la dyslexie. Son comité de lecture composé de biologistes, n’y avait intégré a minima aucun ophtalmologiste. Il faut préciser en plus que nous étions en pleine période estivale.

Nous allons voir ensemble que leur document de 10 pages manquait singulièrement de rigueur selon les écrits de représentants reconnus de la communauté scientifique internationale…

Svetlana Pinet est chercheure en neurosciences cognitives à l’université Johns-Hopkins de Baltimore (USA). Eddy Cavalli est enseignant-chercheur en psychologie et sciences cognitives à l’université Lyon 2. Stéphanie Ducrot est chercheure au CNRS (université d’Aix-Marseille) et spécialiste de la vision et de la dyslexie. Les 3 professionnels de ce trouble de l’apprentissage de la lecture ont décortiqué la prose des deux rennais. Dès le 20 octobre 2017, le titre de leurs conclusions était sans appel

Non, on n’a pas encore trouvé la cause de la dyslexie !

La relation de causalité entre le trouble visuel et le trouble de lecture n’a pas été démontrée

il convient ici de rappeler que des chercheurs travaillent depuis les années 90 sur la corrélation des troubles visuels et visio-moteurs et de la dyslexie. Sans qu’aucun n’ait pu à ce jour établir un lien de causalité entre les deux phénomènes.

En réalité, pour valider une cause de la dyslexie, il faudrait démontrer qu’elle permet d’expliquer l’ensemble des symptômes, qu’elle répond à la variabilité des profils, et ce quel que soit le système orthographique de la langue (alphabétique ou non). Nous en sommes encore loin aujourd’hui !

Abigail Marshall, auteure de deux livres, The Everything Parents Guide to Children with Dyslexia et When Your Child Has … Dyslexia, a publié le lendemain

Visual Dyslexia: New study is all sizzle, no steak

In sum, the French researchers did nothing more than attempt to measure and compare an apparent trait of dyslexia. Symptoms are not causes, and the researchers did not tease out whether the observed trait was tied to dyslexia, or a result of the developmental history of their dyslexic subjects as nonreaders, or simply something that was an artifact of their experimental protocol, gaps in their methodology, or selection bias.

Le psycholinguiste américain Mark Seidenberg en rajoutait plusieurs couches si nécessaire, dans un post du 27 octobre 2017

This study is a failure in three respects: As a study of dyslexia… As a study of the visual system… As a behavioral experiment…

Cette fausse découverte pour le moins controversée a quand même fait l’objet par les deux professeurs Tournesol d’un brevet international ayant une date d’antériorité du 20 novembre 2O17

L’invention concerne un dispositif d’éclairage (LIGHT) d’un contenu graphique et/ou textuel représenté sur un support quelconque et notamment de type papier.Le dispositif d’éclairage (LIGHT) est configuré pour activer et désactiver périodiquement ledit faisceau d’éclairage selon des cycles successifs opérés à une fréquence Fd prédéterminée.

La mise au point, la fabrication et la distribution de l’invention de cette lampe stroboscopique pour personnes dyslexiques ont été confiées à la start-up Thomas Watt Lighting Pro. C’est une SASU créée à Rennes le 13 janvier 2012 par son président et unique associé, Jean-Baptiste Fontes, un gadzart.

Sa société est une spécialiste de l’éclairage des professionnels et des particuliers à base d’ampoules LED.

Societe.com nous apprend que son chiffre d’affaires sur une période exceptionnellement prolongée de 18 mois, clôturée au 31 décembre 2018, était de 1 182 700 euros pour une perte de 676 200 euros et des capitaux propres négatifs de 486 600 euros.

La lampe Lexilight est dorénavant en pré-commandes sur le site Lexilife au prix de 549 euros ttc.

Aucune étude clinique n’a été publiée permettant de valider les promesses commerciales qui font état de tests concluants auprès de 300 personnes dyslexiques atteintes de cet handicap avec un taux de succès de 90%.

Elle serait pourtant un préalable afin d’obtenir une certification en tant que dispositif médical. Claire Conroy, une éducatrice indépendante américaine spécialisée dans la dyslexie, va encore plus loin dans un tweet interrogatif du 9 janvier 2020

@lexilife_fr My big question is, though, why sell a new technology like this if you have yet to conduct the clinical trial first?

Faute de faire la démonstration de l’adhésion du moindre début d’une communauté de femmes et d’hommes de l’art (ECHO), sa participation au CES lui a valu une couverture médiatique impressionnante (EGO)

CES Las Vegas 2020 : Lexilight, la première lampe d’aide à la lecture pour les dyslexiques (20 minutes – 6/01/2020)

#CES : Lexilife présente une lampe de lecture connectée pour aider les dyslexiques (Mac4ever – 6/01/2019)

De la sécurité au volant à la dyslexie: quatre innovations au show de la tech de Las Vegas (TV5 Monde – 6/01/2020)

CES 2020 : Lexilight, la lampe conçue pour (re)donner le plaisir de la lecture aux dyslexiques (01Net – 06/01/2020)

Vidéo – CES Las Vegas : Lexilight, la première lampe d’aide à la lecture pour les dyslexiques (La Provence – 06/01/2020)

CES 2020 : Lexilight, une lampe pour corriger la dyslexie (Cnews – 06/01/2020)

Lexilight is a reading lamp designed to help people with dyslexia (Engadget – 05/01/2020)

etc…

Au vu du bilan 2018, la présence de la start-up à Las Vegas ressemble à un immense pari risqué, voir impossible. La jeune pousse chercherait à lever 5 millions d’euros afin d’avoir les moyens d’exploiter sa nouvellement célèbre lampe issue de la pensée magique d’Albert le Floch et de Guy Ropars. Visuellement, elle ne manque pas de style.

Son effet non placebo reste cependant à démontrer de manière indépendante… et scientifique.

À la lumière de tous ces éléments, Kchehck lui attribue une note Kd valable, je vous le rappelle, 6 mois.

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