Happytal commercialise les chambres individuelles des hôpitaux publics à la mode McKinsey & Company

La société Happytal est une SAS créée le 4 janvier 2013 à Paris par deux anciens consultants de McKinsey & Company, Romain Revellat, son CEO (diplômé de l’École Polytechnique) et Pierre Lassarat, son directeur général (diplômé de l’ESCP). Ils ont ensuite été rejoints dans leur aventure entrepreneuriale par Irwin Lan Hing Wah en qualité de CTO (diplômé de l’École des Mines d’Alès).

Lors de son dernier exercice clôturé au 31/12/2018, la start-up a réalisé un chiffre d’affaires de 11 052 700 euros pour un résultat net négatif de 3 842 500 euros. L’activité est loin d’être bénéficiaire au bout de 6 années complètes d’exploitation.

Heureusement, la start-up a convaincu des VC’s & Family Office de lui apporter 23 millions d’euros, Axa Venture Partners, Partech, Alliance Entreprendre et Compagnie d’Anjou. Bpifrance est intervenue sous la forme d’un prêt de 3 millions d’euros.

Leur précédent employeur McKinsey & Company avait déjà bien labouré leur terrain

Face à ces défis considérables et dans un contexte de maîtrise de la dépense publique, une pression sans précédent s’exerce sur les capacités de financement, imposant au système de santé de s’engager plus avant sur la voie d’une amélioration simultanée de la qualité des services prodigués et de l’efficience économique

Dans cette optique, notre pôle de compétences Systèmes et services de santé intervient auprès des principaux acteurs du secteur : agences de santé nationales et régionales, Assurance Maladie, assureurs, mutuelles et institutions de prévoyance, hôpitaux et centres de recherche académiques, cliniques et autres prestataires de soins.

Nos deux ex-consultants ont voulu passer de la théorie aux travaux pratiques, en créant leur propre start-up

Je pense que c’est pour cela qu’ils ont fondé Happytal. Pas simplement parce qu’ils auraient eu des membres de leurs familles hospitalisés d’après un story-telling tout particulièrement soigné.

Happytal propose des services à la carte de conciergerie privée au sein des hôpitaux publics et des EHPAD (Etablissements d’Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes). Elle expose succinctement son palmarès dans toutes ses offres d’emploi présentées sur les différents sites en ligne spécialisés

On est présent dans plus de 100 établissements de santé en France et on satisfait plus de 40 000 demandes chaque mois ! On a aussi créé près de 400 emplois et contribué à l’activité de 1 000 partenaires, qui travaillent quotidiennement à l’amélioration de l’expérience patient !

Cette radiographie est toutefois à nuancer, comme je vous propose de l’analyser ensemble sans plus tarder.

Happytal contractualise contre rémunération avec les hôpitaux publics de France et de Navarre. Les établissements signataires acceptent de lui confier la concession limitée dans le temps, de la commercialisation inédite des chambres individuelles libres. Cela exclut celles qui sont réservées pour raisons médicales, la Sécurité sociale prenant en charge leur coût. Bref il s’agit ici d’optimiser leur taux d’occupation et d’aider en contrepartie à faire rentrer des millions d’euros supplémentaires dans des organisations structurellement déficitaires par vocation.

Happytal a su pour essayer de faire avaler la pilule, emballer habilement sa prestation discutable, autour de services de conciergerie à destination des patient(e)s, de leur entourage amical ou familial et de l’ensemble du personnel hospitalier.

Son catalogue de vente de produits et de services est diversifié. Elle assure se rémunérer uniquement sur la différence entre le prix public inchangé de la coupe de cheveux ou du pain au chocolat et le prix négocié auprès de la coiffeuse indépendante de proximité ou de l’artisan boulanger local.

J’ai lu le tweet de Philippe Collombel, managing partner chez Partech et investisseur dans la jeune pousse. Il l’a publié le 6 octobre 2019. Au travers de la même action, il retweetait le lien vers le droit de réponse indirect de Happytal paru le 3 octobre à un premier article de Maddyness du 20 septembre 2019

Bravo @happytal ;
1) des entrepreneurs incroyables avec une éthique irréprochable https://t.co/v0utYFK6nZ

Le mot-sésame aux vertus supposées cicatrisantes du business controversé de la start-up, avait été laché. Son but était sans doute de suturer définitivement le débat ouvert. C’était É.T.H. I. Q. U. E !

Je me suis autorisé à lui répondre avec une question, tweetée le 8 octobre

Comment mesurez vous l’éthique ?

Après tout, la start-up du XXIe siècle serait certainement éthique ou ne sera pas…

Sans surprise, je n’ai obtenu aucune réponse du VC ou de Happytal

Je ne connais pas ses fondateurs, ni d’Ève ni d’Adam. Je ne me permettrais donc pas de m’exprimer en public à mon tour sur leur éthique individuelle et personnelle.

La question reste cependant posée à la personne morale que constitue la start-up. Elle vaudrait certainement un suivi attentif Kchehck de tous les instants. N’importe quelle interrogation prolongée sur la réputation de Happytal rejaillirait négativement sur ses actionnaires par ricochet.

C’est une autre branche de son financeur Axa qui aurait le plus à y perdre. Ne propose-t-elle pas une complémentaire santé ?

Ses intérêts commerciaux en pâtiraient dans cette problématique d’éthique ou pas d’éthique, telle étant la question…

Personnellement, je fais 5 Recommandations Pratiques & Éthiques pour que ce mot ne reste pas simplement une charte généraliste que l’on ferait signer à toute nouvelle collaboratrice.

Elle pourrait être perçue comme un moyen trop commode ou facile pour l’entreprise, de se dégager de toute responsabilité personnelle.

Quid en cas de dérapage en pleine négociation commerciale d’une de ses concierges avec un(e) hospitalisé(e), jugé(e) fragilisé(e) a posteriori par son état de santé au moment de la signature d’une demande de chambre individuelle ?

Recommandation Pratique & Éthique #1 : Changez de nom !

Je suis désolé, votre nom est peut-être un super jeu de mots mais seulement pour celles et ceux qui comprennent l’anglais.

C’est Edith de Happytal sera confondue dans la plupart des cas avec C’est Edith de l’Hopital.

Je ne suis pas sûr que les grands-mères/pères de plus de 85 ans, parfois malentendant(e)s, peuplant malgré eux les hôpitaux, sauront faire la différence.

Devant ce risque de confusion, je suis même surpris que l’INPI n’ait pas exercé son droit de véto au moment du dépôt de ce nom en tant que marque mais elle manquait du contexte d’utilisation.

Recommandation Pratique & Éthique #2 : Ne rendez visite aux patient(e)s que l’après-midi !

Le matin à l’hôpital, c’est réservé exclusivement aux soins et c’est capital. Même en vertu d’une dérogation verbale, ne venez jamais dans la chambre d’un(e) patient(e) en matinée.

Réservez les sourires de vos concierges, souvent commerciaux malgré elles, durant le temps réservé aux visites de la famille et des amis.

Recommandation Pratique & Éthique #3 : Supprimez toute variabilité dans le salaire de vos concierges et toute notion de quota, chiffré en fonction du nombre de chambres individuelles signées

Promis je ne les qualifierais plus après de commerciaux !

Tout mécanisme de rémunération variable même symbolique des concierges, représentera toujours un risque de dérive systémique, sur le terrain sensible des opérations cliniques.

J’ai noté sur Indeed cet extrait d’un ancien salarié

notre mission c’est de faire signer un nombre de documents par jour et de faire du chiffre.

Recommandation Pratique & Éthique #4 : Ne validez des demandes que de personnes se faisant rembourser 100% du prix de la journée par leur mutuelle

Pour une hospitalisation de 15 jours, on parle d’un minimum de 750 euros dont le ou la malade serait de sa poche sinon. Ce n’est pas rien !

Ne proposez une chambre individuelle qu’après avoir validé par vos soins, la prise en charge effective à 100% par la mutuelle de la personne hospitalisée.

Soyez l’avocat des patient(e)s à qui vous annoncerez toujours dans la bonne humeur et sans mentir

J’ai bien étudié votre dossier. Vous avez le droit à une prise en charge complète par votre mutuelle d’une chambre isolée…

Recommandation Pratique & Éthique #5 : Envoyez systématiquement et immédiatement un double de la demande de chambre particulière signée, au domicile du patient afin de supprimer tout malentendu ultérieur par/avec sa famille

Happytal doit éviter à tout prix, la sortie de route avec dépôt de plainte qui lui pendrait alors au nez, pour abus de confiance envers des personnes en situation de faiblesse (article 223-15-2 du Code pénal).

On ne peut difficilement ignorer l’avis des syndicats, surtout quand on pratique au quotidien la délégation de service public, sauf à ses risques et périls…

L’application de ces 5 Recommandations Pratiques & Éthiques aura au minimum 5 effets Kiss Cool pour le rétablissement de la réputation de Happytal

Effet Kiss Cool #1 : La représentation syndicale des personnels hospitaliers ne sera plus votre ennemie

Effet Kiss Cool #2 : l’AP-HP ou lAssistance publique – Hôpitaux de Paris n’aura plus de raison de menacer de vous bouter hors de ses murs. Martin Hirsch, son directeur général, n’aura aucun motif potentiel de vous blâmer lors d’une conférence de presse

Effet Kiss Cool #3 : Vous conserverez toutes vos chances lors de renouvellement d’appels d’offres

Effet Kiss Cool #4 : Vous n’aurez plus besoin de devoir songer à étendre les séances de massage gracieusement à vos concierges pour éteindre leurs potentiels burn out

Effet Kiss Cool #5 : Vous serez finalement l’heureuse responsable du sourire de chacune et chacun à l’hôpital (personnel soignant, patients, amis, familles,…), ce qui je crois correspond à votre mission première affichée.

3 Effets Kiss Cool en prime 

Vous trouverez enfin en toute sérénité, la façon de devenir profitable. Cela devrait devenir une nécessité très très prochainement pour toutes les start-up sous perfusions permanentes de leurs actionnaires. Du moins si j’en crois une lecture récente du New York Times

Vous exaucerez ainsi la première partie du 2ème tweet de votre financeur protecteur

2) un succès fondé sur la satisfaction des patients et des hôpitaux qui a dérangé beaucoup de monde et articulé sur le thème : comment une structure privée ose-t-elle aider le service public de la santé ? (les mots en gras sont de mon fait)

Vous serez une preuve vivante de son 3ème et dernier tweet

3) et une lecon pour beaucoup d’entrepreneurs qui réussissent : analyser l’environnement pour comprendre d’où viennent les attaques et polémiques

Mon Diagnostic définitif en guise de conclusion

Au final, celles et ceux qui paieront les surcoûts inévitables pour les mutuelles, seront leurs adhérents. Leurs cotisations risquent de s’envoler, conséquence de vos travaux dirigés à partir des brillantes études McKinsey & Company.

D’après vous, elles diront “merci” à qui ?

La source de votre revenu providentiel, un peu sur le dos des mutuelles, finira alors par se tarir tôt ou tard. Ce sera une nouvelle application à la tragédie des communs.

Cette seule activité de réservation de chambres individuelles sera à terme substituée à moindre frais, par une application dédiée et mutualisée entre tous les hôpitaux publics.

Moralité, quand on est le disrupteur de quelqu’un, on finit toujours par être disruptée à son tour…

Happytal devra rapidement trouver une nouvelle source de revenu récurrente.

Ses nombreuses concurrentes potentielles sur les services de conciergerie ont déjà chacune une autre activité principale, qu’il s’agisse d’Easylife, de Merci Oscar, de Télécom Services ou de Nehs.

Je fais cette proposition d’activité de substitution en cours de légalisation, à titre humoristique, afin de se détendre au bout de cette longue analyse

Fournisseur exclusif de joints de cannabis thérapeutique, livrés directement sans supplément de prix, dans la chambre individuelle de la personne en souffrance !

Livraison en 4 heures maximum garantie !

La centrale d’achats pour les hôpitaux UniHA devrait bientôt attribuer un nouveau marché de conciergerie. La remise des offres était prévue pour le vendredi 30 août…

Le précédent marché avait été passé avec Happytal. Il avait commencé en mai 2016 et prendra fin en mai 2020…

Allez, vous en reprendrez bien un nouveau ?

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