Euveka, son robot mannequin évolutif et connecté au modèle économique encore en bois…

Le 23 janvier 2020, Audrey-Laure Bergenthal a écrit un texte à la première personne sur le blog de sa start-up, intitulé Euveka, le dernier cri d’alerte ! #SOS. Elle est la fondatrice et présidente de Euveka, créée à Valence en 2011. Audrey-Laure a un master en droit de la propriété industrielle et a ensuite bifurqué vers une école de stylisme et modélisme.

Une de ses phrases avait particulièrement attiré mon attention

Le 31 janvier 2020 nous n’aurons plus de trésorerie pour payer les 33 salariés. Pas dans six mois, ni deux, ni un, mais dans 15 jours.

Son appel au secours fut abondamment relayé sur Twitter.

Catherine Barba, membre du jury de la version française de Shark Tank, Qui veut être mon associé ? sur M6 et actionnaire de Euveka, a tweeté dès le lendemain

Je relaye le SOS de @Euveka pépite française de la #fashiontech qui va mourir dans qqes jours faute de financement, son carnet de commandes est pourtant plein .. @cedric_o @FRdigitale @Bpifrance qui peut recevoir Audrey-Laure qui se bat comme un lion pour trouver une solution?🙏

Pour entretenir le feu de la mobilisation, la chef d’entreprise drômoise postait un nouvel article le 28 janvier

Dans une semaine, notre technologie sera convoitée pour 1€, sa valorisation est estimée à 16MEUR dans les 6 mois à venir. Nous ne voulons pas que d’autres profitent injustement du fruit de dures années de labeur de nos salariés, fournisseurs et actionnaires qui ont eu foi en notre projet !

Selon un scoop régional paru le 31 janvier sur le site Le Dauphiné

La start-up a déniché l’investisseur qu’elle attendait pour survivre à court terme.

Ce bridge a probablement pour finalité de lui donner le temps de concrétiser sa levée de fonds et d’éviter comme trop souvent en France, sa vente bradée à la barre du tribunal de commerce.

Le 22 octobre 2019, Euveka avait lancé une campagne d’Equity Crowdfunding sur Sowefund. Elle est toujours en cours afin de collecter entre 2 et 5 millions d’euros. Vous pouvez devenir actionnaire à partir de 100 euros.

Seulement 5 jours après son lancement, Gabriel Jarrosson avait produit une vidéo sur sa chaîne YouTube ayant pour titre

Euveka sur Sowefund : Devrais-tu investir ? Mon analyse et avis

À la fin de chacune de ses évaluations de start-up, Gabriel réserve exclusivement aux membres de son club privé Leonis Investissement, sa décision de participer ou non à son financement. Je lui ai donc demandé de bien vouloir nous révéler qu’elle avait été sa décision

J’ai décidé de ne pas investir dans Euveka car la scabilité sera difficile : ils risquent d’en produire peu et de ne pas réussir à faire des économies d’échelle. Leonis Investissement se concentre de toute façon sur les produits digitaux. Par ailleurs, la fondatrice est une solo-preneur et nous n’investissons que dans des équipes complémentaires.

La start-up a pour ambition de remplacer les mannequins en bois utilisés dans l’industrie textile par son robot breveté Emineo, évolutif et connecté.

En quelques clics de souris à l’intérieur de Mimeo, son logiciel de conception assistée par ordinateur, Emineo s’adapte à la morphologie féminine pour des tailles comprises entre 36 et 46. Ils permettent à son utilisateur(trice) d’exprimer sa créativité avec précision sans se soucier des contraintes techniques réduites à un minimum. Jean-Paul Gauthier va finir par regretter d’être parti à la retraite !

Sur un plan strictement comptable, la start-up était quasiment en état de mort clinique avant la nouvelle injection de cash. Les derniers chiffres publiés publiquement sur societe.com sont ceux de l’exercice 2018. Le chiffre d’affaires est de 1 133 700 euros mais pour une perte de 1 763 800 euros. Les capitaux propres étaient négatifs à hauteur de 473 900 euros et les dettes représentaient 5 003 400 euros.

Devant ces éléments, l’expert-comptable traditionnel serait sans doute prêt à déclarer le décès de sa cliente, mais je pense qu’il ne faut pas fixer son regard en permanence dans le rétroviseur.

Je regrette personnellement que les dépenses de R&D sur les 8 premières années n’aient pas été totalement immobilisées avec une durée d’amortissement correspondant à celle de la mise au point de la solution complète hardware et software.

ÀMHA, Euveka n’a pas encore trouvé son modèle économique gagnant malgré un robot fonctionnel, un début de communauté et des premiers clients.

Les données financières sont là pour nous le rappeler si nécessaire.

C’est aussi en partie l’avis de Gaëtan Lecarpentier exprimé le 26 janvier dans les 4 premiers mots d’un tweet* corsé 100% robusta

Donc mauvais business model, mauvais investissements, mauvaise gestion. Au lieu de pleurer il faut savoir prendre du recul. Une société qui ne vit que sur des investissements est un échec de sa création !

Euveka devrait basculer entièrement son modèle économique de la vente de son mannequin à 100 000 euros pièce vers un service all included.

Cela inclurait le robot, les mises à jour logiciels, l’assistance technique et la maintenance sous la forme d’une licence unique, sans engagement dans la durée.

Je vous propose d’illustrer ma proposition avec quelques chiffres.

je reprends le prévisionnel pour 2023 de 220 robots vendus qui est l’objectif de Euveka pour commencer à être bénéficiaire. Sur la base d’un coût de structure de 300 000 euros par mois et en rajoutant une marge égale à un coefficient multiplicateur de 1.5, on arriverait à 5 400 000 euros pour l’année. Si je divise ce résultat par 220 Emineo puis par 12 mois, j’arrive à une redevance mensuelle de 2 045 euros hors taxes par robot placé chez un client. En tenant compte des économies réalisées en temps et matériaux par son utilisation, cela peut être jouable. La start-up devrait s’appuyer sur une force commerciale rémunérée exclusivement à la commission pour atteindre/dépasser d’ici là son plan de ventes !

Emineo a la chance d’avoir un concurrent chinois i.Dummy qui semble endormi depuis fin août 2018, lui donnant un avantage décisif pour conquérir l’Asie.

Euveka a déjà su innover sur le plan technologique grâce à son mannequin-robot connecté dont les usages possibles sont tellement nombreux dans divers industries. Elle devrait l’ouvrir à des développeurs extérieurs en s’inspirant de l’Iphone et son App Store.

En France, on a toujours tendance à sous-estimer que l’innovation peut aussi venir du modèle économique et pas seulement des Deeptech

Je vous donne une courte citation de Julie Meyer. Elle est extraite d’un petit livre british de 2012 dont je vous recommande la lecture, particulièrement en ces temps de Brexit

Welcome to entrepreneur country

Steve Jobs understood this. He and the firm he led, Apple, were game-changers in two industries: music and mobile telecoms. Jobs’s ultimate legacy does not rest on the beautiful products his company makes, but on the revolutionary business models he invented.

Il fait partie des très rares ouvrages que je n’hésite pas à rouvrir de temps en temps, avec autant d’intérêt à chaque fois.

En attendant, Kchehck attribue une note Kb à Euveka. Elle n’est valable que 6 mois. Elle n’intègre pas la mise en musique par des coachs spécialisés de l’évolution préconisée du modèle économique.

En prime, ces mentors pourraient œuvrer à rompre l’isolement d’une fondatrice solo.

* Son auteur a effacé depuis la date de publication tous ses tweets (03/02/2020)

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Euveka, son robot mannequin évolutif et connecté au modèle économique encore en bois…

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