Dis-moi Miroir Magique, qui serait le Netflix du Podcast ?

Tel un Edmond Dantès chassé brutalement de son poste de président de Radio France, Mathieu Gallet tente de rebondir rapidement avec sa start-up Majelan née le 2 juillet 2018. Il a bien l’intention de concrétiser avec elle, ce qu’il aurait sans doute pu aussi continuer à accomplir à l’intérieur de son ancienne maison ronde.

Ah si seulement on lui avait laissé l’opportunité de terminer son mandat social et qui sait, lui en proposer de façon naturelle le renouvellement… Il n’a pourtant pas à rougir de ses nombreuses innovations audionumériques détaillées sur sa page Wikipedia.

Aurait-t-il été victime d’une immense injustice ?

Dans tous les cas, notre Comte de Monte-Cristo a certainement l’énergie de celui qui tient avec Majelan l’outil de sa revanche.

C’est une plate-forme de contenus audio accessibles via son application IOS ou Android à télécharger sur votre smartphone. Elle permet d’accéder à un répertoire de milliers de flux RSS de podcasts gratuits et à une offre d’exclusivités. Ces dernières sont accessibles soit sous la forme payante d’un abonnement (4,99 euros ttc par mois), soit d’achats à la demande (1,99 euro ttc l’unité).

On y trouve tous les genres, d’un portrait de François Hollande à  Jack Burn et l’Héritier de l’Arc en passant par du développement personnel. La série sur l’ancien Président de la République intitulée La vie normale de François Hollande est constituée d’entretiens réalisés avec bienveillance. La fiction quant à elle, a recours à des voix françaises qui doublent habituellement des acteurs anglo-saxons connus.

Pour mener cette première aventure entrepreneuriale, Mathieu Gallet s’est associé à un serial startupeur, Arthur Perticoz, cofondateur entre autres de Wynd.

Le duo a réussi en deux fois à réunir auprès de ses actionnaires, notamment Idinvest, BPI Industries Creatives et l’incontournable Xavier Niel, un trésor de 10 millions d’euros afin de conquérir l’audience planifiée.

La proposition gratuite a pour vocation d’attirer une foule d’auditeurs captifs. Il suffirait ensuite d’en transformer une toute petite partie en payants. La commercialisation des offres exclusives constituent officiellement pour l’instant, la seule source de revenu de la jeune pousse.

Dis comme ça, cela paraît simple, très simple, trop simple ?

Quand on tape Majelan et Netflix dans Google, on obtient en moins d’un tiers de seconde, 19 300 occurrences.

Le premier résultat après le lien sponsorisé de Majelan elle-même, est un article de La Dépêche publié le 4 juin 2019, au titre on ne peut plus explicite

La plateforme Majelan se veut le Netflix francophone du podcast

Je ne sais pas si Mathieu Gallet y pense en se rasant chaque matin, mais la question essentielle à laquelle je vais répondre maintenant est

Y-a-t-il vraiment un marché pour un Netflix du podcast ?

C’est toute la problématique du Modèle Économique choisi par Majelan qui est encapsulée dans cette interrogation.

Elle constitue un pari à 10 millions d’euros pour ses financeurs et à 100 millions de dollars pour ceux de sa twin d’outre-Atlantique, Luminary.

L’avis d’un professionnel de “contenu”, Hank Green, avec quelques points interessants sur les nouvelles plateformes de podcasts aux États-Unis! https://www.youtube.com/watch?v=KTEPRCa9glY

Le lien nous dirige vers une vidéo gratuite de 19 minutes et 9 secondes intitulée The Netflix of Podcasts mise en ligne le 7 mars 2019 sur sa chaîne YouTube qui compte 365 000 abonnés.

Je ne connaissais pas cet expert américain suivi par 811 000 abonnés sur Twitter.

je veux partager avec vous les 6 Raisons que j’ai retenues et qui rendent impossible la création d’un Netflix du podcast à ses oreilles. Son discours me semble plus que pertinent même avec la pincée de sel qu’il nous suggère de prendre à la fin, non sans humour !

Raison #1 : Les gens acceptent les messages publicitaires dans les podcasts car ils les écoutent pendant un temps déjà perdu consacré aux corvées ménagères, aux transports,…

Raison #2 : Celles et ceux qui écoutent des podcasts sont habitués à ne pas les payer

Raison #3 : Il y a déjà un nombre infini de podcasts gratuits à écouter d’excellente qualité supérieur au temps disponible limité de chacun(e). Cette absence de barrière à l’entrée, leur coût de production étant très bas, ne signifie pas pour autant que c’est facile à réaliser

Raison #4 : La valeur de la relation de Hank Green avec sa communauté est plus grande que celle qu’il pourrait obtenir en vendant un podcast. C’est une idée fausse de penser que la valeur est dans le contenu, elle est dans le créateur lui-même

Raison #5 : Beaucoup de podcasts sont populaires mais il n’y a aucun blockbuster qui nécessiterait de s’abonner à la différence de la programmation de Netflix

Raison #6 : Enfin, Hank est convaincu de la supériorité du modèle d’un mécénat individuel où l’auditrice/auditeur décide en toute liberté de rémunérer directement le créateur à celui de l’abonnement obligatoire à une organisation financée par des VC’s (il parle de Luminary).

J‘émets 3 Recommandations d’Adaptation du Modèle Économique de Majelan

Recommandation d’Adaptation #1 : Construire deux offres distinctes. Une offre avec publicité et une offre payante sans publicité donnant dans les deux cas, accès à l’ensemble du catalogue

L’offre payante sans publicité ciblerait principalement les CSP++ dont le temps disponible est plus précieux que le prix de l’abonnement. Ils s’épargneront ainsi quelques interruptions de réclames

Recommandation d’Adaptation #2 : Ne publier de podcasts, même via des liens RSS, qu’après avoir obtenu l’accord préalable et explicite des créateurs. Les rémunérer en leur reversant un pourcentage à définir du revenu provenant des abonnements et des publicités

Recommandation d’Adaptation #3 : Ne rien proposer de payant tant que l’expérience de l’auditeur ne soit jugée excellente dans l’ensemble des commentaires publiés sur les boutiques d’applications en ligne

Il faudrait juste rajouter le caractère bêta de la version actuelle comme l’a fait Brew. L’initiative devrait susciter des suggestions d’améliorations judicieuses et faciliter la constitution d’une belle communauté d’amateurs audiophiles.

Je termine par l’avis de Stanislas Hintzy exprimé à travers deux réponses à mon tweet initial sollicitant une nouvelle fois mes abonnés sur Twitter

1er Tweet du 24 décembre

Ah, ben voilà un challenge intéressant. Mon diagnostic sur Majelan : cela va être beaucoup plus compliqué que prévu, ce qui va mettre à l’épreuve la relation entre les cofondateurs.

2ème Tweet du 25 décembre (je lui demandais de préciser sa pensée sur son 1er point)

Parce que les batailles pour se positionner comme agrégateur de contenu ou [encore plus délicat] de média s’avèrent toujours plus longues et sans business model propre (c.a.d. autonome) qu’initialement prévu…

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