Comment le programme FrenchTech120 pourrait permettre à la France de retrouver déjà son rang international de 2017 en faveur des start-up ?

Entre 2017 et 2019, l’Hexagone a perdu deux places au classement de 100 pays en fonction de leur attractivité pour les start-up. C’est un des nombreux enseignements d’une étude gratuite de 158 pages disponible en téléchargement. Elle est intitulée Startup Ecosystem Ranking 2019 et a été publiée par StartupBlink.

La France est collée à la 11ème place après avoir été éjectée du Top 10. Elle est derrière la Hollande (6ème), la Suède (7ème), la Suisse (8ème), l’Allemagne (9ème) et même dorénavant l’Espagne (10ème). Nous sommes juste devant la Finlande qui a gagné 7 places.

Eli David, CEO de StartupBlink écrit au début de son édito en guise d’introduction

Startup ecosystems are important. Good startup ecosystems create jobs, boost the economy, increase tax revenue, improve quality of life and urban innovation, and attract and retain talent. There are only two options – progress forward or get left behind.

puis un peu plus loin

We are not necessarily big fans of government involvement in startup ecosystems. If
you can only choose one government ecosystem development policy to implement,
choose “Stay out of the way” of entrepreneurs and let them be.

Avec son programme FrenchTech120, l’État français avait juste choisi la direction opposée à la recommandation d’Eli…

Il a été concocté aux risques et périls de la multitude des entrepreneur(e)s hors sélection étatique qui ne profiteront pas de ses privilèges affichés.

J’avais eu l’occasion de faire une analyse du Next40. Je ne résiste pas à vous en rappeler un morceau choisi où il est question d’une des 40 lauréates que l’on retrouve dans le FT120 au côté des 39 autres

Ce qui est certain, c’est que parmi cet indice, Ynsect n’est pas un cockroach

Elle a publié pour son exercice 2018, courageusement ou inconsciemment, un chiffre d’affaires de seulement 85 400 euros au bout de 7 ans d’existence pour une perte nette de 15 316 900 euros. Elle a levé auprès de ses actionnaires l’équivalent d’un total de 172,3 millions de dollars d’après Crunchbase. Elle leur a promis en échange 5 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel à terme (page 9).

Quand on vous dit qu’il s’agit des startup les plus prometteuses…

Je referme cette parenthèse au goût particulièrement amer pour les recalées et autres milliers d’entreprises oubliées.

Le FrenchTech120 est la résultante d’un appel à candidature qui avait eu lieu du 23 octobre au 29 novembre 2019. D’après la Mission French Tech, 327 start-up furent candidates. Finalement une sur 4 aura été retenue.

Y’a comme un défaut

Les critères de sélection sont pour l’essentiel quantitatifs à base de capitaux levés et/ou de taux de croissance. Après tout, ils sont aussi des ingrédients de la création d’emplois. Rajoutez une dose de régionalisme à hauteur grosso modo de deux sélectionnées par territoire. Vous obtenez ainsi un savant dosage pour parfaire ce window dressing à l’assaisonnement politique supposé fâcher personne. À la fin, vous terminez avec 123 start-up au lieu du chiffre annoncé en titre de 120. Y’a comme un défaut !

Il aurait été pour le moins nécessaire que toutes les prétendantes soient kchehckées mais je ne suis pas objectif ! Une nouvelle fois, tel que je le notais dans mon analyse du Next40

Bref visiblement, il n’y a eu aucune due diligence indépendante avant d’effectuer les choix…

Le principe des 2 listes a été immédiatement remis en cause le 19 janvier par Jean de la Rochebrochard, dès la divulgation publique de la composition du FT120. Je rappelle si nécessaire qu’Human Machine est l’unique VC responsable du portefeuille de Xavier Niel pour ses investissements dans de très nombreuses start-up. J’ai retenu deux courts extraits de son brûlot nommé Next 40 & French Tech 120: Sale histoire

Il faut postuler, sur la base de l’argent que vous avez réussi à lever et sur votre croissance évidemment. Pas de panique sur les sujets liés à la rentabilité, on n’est pas là pour parler des sujets qui fâchent. En revanche, si vous n’avez pas levé d’argent, et que votre croissance rentable est maitrisée, merci d’aller voir ailleurs. Vous brulez une tonne d’argent avec un manque manifeste de visibilité malgré l’hyper croissance que vous affichez, aucun problème, vous êtes carrément éligible, avec une belle chance que votre boite soit sélectionnée.

Il est irresponsable de figer un classement d’entreprises dont l’équilibre économique est extrêmement fragile, qui perdent autant d’argent qu’elles en lèvent, et pour lesquelles l’avenir est très incertain malgré leur volonté farouche de devenir des icônes.

Un autre fin connaisseur de notre écosystème, Christophe Raynaud, directeur général du fonds d’investissement ISAI, finissait le lendemain de clouer au pilori le nouveau pseudo classement dans un tweet

Felicitations à toutes les startups qui ne sont pas FT120 ! C’est vous les futures stars car c’est de l’ombre que jaillissent les vrais succès qui par definition en venture sont des surprises…

Mais qu’a-t-on promis de si précieux aux titulaires du fameux FrenchTech120 ?

Un article de la French Tech du 22 janvier intitulé Vous voyez #FrenchTech120 partout.Voici ce que vous devez savoir sur le programme nous renseigne sur les 3 Sésames de son Pass V.I.P.

Sésame du Pass V.I.P. #1 : Des invitation afin de participer à des voyages officiels, par exemple le World Economic Forum de Davos

Sésame du Pass V.I.P. #2 : Comme Aladdin, 3 voeux auprès de la Mission French Tech et de ses correspondants ministériels

Sésame du Pass V.I.P. #3 : Un accès illimité à un catalogue de services qu’on pourrait qualifier d’historique : il a été développé avec 50 ministères et agences gouvernementales, fédérés par la Mission French Tech.

Erreur de la Banque en votre Faveur

J’ai sélectionné parmi les services offerts via le Sésame du Pass V.I.P. #3, celui m’ayant le plus interpelé et qui pourrait faire figure potentiellement de délit d’initié

Améliorer sa cotation Banque de France pour améliorer ses conditions de financement

Je suis curieux de savoir ce que ces améliorations signifient en pratique, pour des start-up qui souffrent, à l’exception de quelques rares cafards égarés, d’hémorragies financières aussi aigües que chroniques.

L’article tente subrepticement de nous rassurer que tous ces avantages ne seraient offerts qu’à titre expérimental

Les membres du French Tech 120 sont les premiers beta-testeurs de ces offres, que nous espérons étendre plus largement ensuite.

On sait jamais, imaginons qu’un recalé/absent, aigri par définition, finisse par saisir le Conseil Constitutionnel sur l’inégalité de traitement devant la loi…

L’élargissement de ce statut V.I.P. à l’ensemble des start-up sans aucune discrimination, le moindre biais ou l’once d’un favoritisme, est la condition sine qua non si la France veut tenter de remonter la pente.

Rendez-vous en 2022 pour éplucher ensemble la prochaine édition du Startup Ecosystem Ranking de StartupBlink et kchehcker l’évolution de notre rang !

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Comment le programme FrenchTech120 pourrait permettre à la France de retrouver déjà son rang international de 2017 en faveur des start-up ?

6 réflexions au sujet de « Comment le programme FrenchTech120 pourrait permettre à la France de retrouver déjà son rang international de 2017 en faveur des start-up ? »

  1. Philippe HERBERT dit :

    Toujours une incompréhension de l’écosystème (local, régional, national) lié à l’état français qui avec ou sans le FT120 dépense depuis des années plus d’une dizaine de milliards € (aides, subventions, prêts, support, agences, …) de façon égalitariste sans grand résultat (https://www.strategie.gouv.fr/sites/strategie.gouv.fr/files/atoms/files/fs_rapport_cnepi_21012016_0.pdf) !
    Conséquence, les sociétés en hyper croissance ne profitaient pas du mille feuilles car trop lourd / trop pesant / trop lent / trop contraignant … et ces milliards allaient uniquement aux “moyens” ou aux autres ….
    Le Pass French Tech et maintenant le FT120 veulent inverser cette logique et offrir aux sociétés en hyper croissance, renouvelées tous les ans, leur part du mille feuilles au travers d’un seul interlocuteur et d’un seul dossier. Les critères sont publics, objectifs et ont été appliqués sur les liasses fiscales (track croissance) et les pactes d’actionnaires (track levée de fonds).

    1. Bonjour Philippe,
      Merci pour votre commentaire.
      Je pense que pour avoir des résultats, il faudrait déjà commencer par une analyse plus fine des start-up candidates à devenir des championnes mondiales.
      Enfin la simplification administrative devrait concerner toutes les startup et pas simplement une poignée.
      Ce n’est pas la remise en cause d’un nouveau traitement inégalitaire mais les choix individuels des start-up sélectionnées qui posent parfois question sur notre capacité collective à identifier des futurs champions mondiaux. Je ne crois pas que l’on puisse parler d’hyper croissance pour Ynsect. Le critère c’était croissance OU montant des capitaux levés.

      1. Philippe HERBERT dit :

        L’enjeu n’est pas uniquement une simplification administrative (le point d’entrée) mais surtout un accés au mille feuilles français de plus de 10 milliards euros par an!
        Surtout il n’y a pas de choix à priori mais en toute liberté, la volonté des dirigeants des sociétés françaises candidates de jouer la Champion’s League mondiale avec des moyens renforcés (le seul objectif) !
        Concernant le track capitaux levés, si les très grosses levées ne débouchent pas rapidement sur de l’hyper croissance, les start ups sortent du programme.
        Donnons nous une chance de mieux utiliser ce mille feuilles qui continue à grossir et à servir aussi TOUTES les autres startups.

        1. La simplification, c’est pour améliorer notre classement international et attirer plus de capitaux et talents.
          Il y a un problème d’évaluation des start-up candidates au départ (désolé de prêcher pour ma propre paroisse).
          Il est intéressant de noter qu’aux US, la notion de rentabilité refait surface et que l’hyper croissance pour l’hyper croissance n’est plus une fin en soi. Il n’y a qu’à voir les difficultés actuelles de Casper après son annonce d’IPO et a contrario son concurrent Purple déjà cotée et… rentable.
          Le nouveau défi va être pour une start-up de présenter 30% de croissance annuel et un calendrier précis de sa rentabilité… Je pense que nous avons un train de retard en France sur ce sujet…

          1. Oui effectivement, nous voulons chacun à notre manière élever le terrain de jeu.
            Grand merci pour l’exemple UK que je ne connaissais pas. Je vais regarder cela de plus près dans
            la semaine. Je crois y avoir trouvé le sujet de ma prochaine newsletter.
            Bonsoir à vous aussi.

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