TALAO, l’ICO du hâbleur 2.0 toulousain à l’assaut du numéro 1 mondial Upwork mais attention à l’invitée surprise…

Emindhub est une société par actions simplifiée créée par Nicolas Muller le 21 mai 2015 à Castelginest en Haute-Garonne, au capital de 66 434 euros. C’était une place de marché centralisée et développée sous Drupal pour mettre en relation des experts à la recherche de missions avec des donneurs d’ordre dans l’industrie aérospatiale, spécialité toulousaine oblige.

Talao est une société par actions simplifiée très récente, créée le 22 février 2018 à Paris dans le 17ème arrondissement, au capital de seulement 10 000 euros. Son président est toujours Nicolas Muller, au travers cette fois de sa SARL Humanoe, le directeur général Thierry Thevenet via sa SARL Thierry Thevenet Conseils et le directeur général délégué Denis Lafont-Trevisan, via sa SASU Growthseeds.

Talao est la résultante de la tentative de mue opportuniste de Nicolas Muller et de ses pairs, afin de surfer sur une nouvelle ruée vers l’or, celle des cryptomonnaies, de la blockchain et des ICO’s. C’est une façon aussi de ne pas se trouver plombés par le décollage invisible à l’œil nu, de leur première plate-forme, Emindhub.

Qui avait entendu parler avant l’annonce de l’ICO de Talao de la communauté qu’elle était supposée servir ? Je n’en ai trouvé aucune trace d’activité, au sol ou dans les airs 😉 sur LinkedIn !

J’ai pris connaissance du white paper de Talao dans ses deux versions digitales successives : 1.10 et 1.12. Ces documents ne sont disponibles qu’en anglais, alors que c’est bien la loi française qui s’applique… Il en pense quoi le cabinet Mazars, l’intermédiaire d’interface de traduction avec l’AMF recruté pour l’occasion par Talao ? Lost in Translation ?

C’est à partir de ces deux documents publiés que j’ai dû construire les fundations de ma propre analysis 😉.

À leur lecture, Nicolas Muller me paraît être avant tout, ce qu’on appelle communément un hâbleur, c’est-à-dire une personne qui parle avec exagération, emphase et vantardise. Vous voulez la preuve ? J’ai relevé 5 hâbleries dans son livre blanc qui essaye mine de rien, de nous peindre en rose ou reause, un petit troupeau d’éléphants pour l’instant très imaginaires, avec l’aide peut-être du savoir-faire de Havas Blockchain, sous l’autorité morale et publique de Stéphane Fouks, vice-président du groupe français éponyme.

Malgré la mobilisation de ces 2 noms prestigieux (Mazars et Havas), je n’ai pas trouvé dans le white paper, la description détaillée des moyens nécessaires qui seraient mis en œuvre pour crédibiliser les promesses chiffrées de la campagne pour l’ICO en cours… Après tout, la célèbre formule Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent, est particulièrement pertinente en France pour les ICO’s où les règles annoncées par l’AMF sont toujours en construction.

Éléphant Rose  #1 : The team leading the Talao project aims to create in the next five years
the first Decentralized Autonomous Organisation with 5 million users, taking a position in the top 3 global talent on-demand platforms…

Éléphant Rose #2 : Talao is the first public Ethereum-based decentralized and autonomous
platform dedicated to talent.

Éléphant Rose #3 : The objective of Talao is to establish the TALAO token as the token of
reference of the 100 million freelancing Talent.

Éléphant Rose #4 : With Talao, talent will Increase their revenues by 10 to 20% relative to the traditional model where they were used to getting their work through staffing platforms which can take up to 20% commission.

Éléphant Rose #5 : The best experts, traditionally not on platforms, find in Talao a great reason to go digital.

Bref, Nicolas Muller se garde bien de nous expliquer comment il va passer de 30 000 experts auto-déclarés aujourd’hui sur Emindhub (mais combien sont réellement actifs si on veut être gentil et retenir son chiffre ?) à 5 millions grâce à Talao en 5 ans, soit une multiplication par 167 !

Je ne crois pas trop au miracle renouvelé de Jack et le Haricot magique. Une ICO réussie ne créera pas une communauté d’utilisateurs instantanément comme par enchantement. Tout au plus, elle amalgamera une foule bariolée de spéculateurs, aux intérêts aussi divers que divergents, avides de plus-values, à plus ou moins court terme.

Vous l’aurez sans doute compris, je ne suis pas fan de cette ICO pour 3 raisons dont la principale arrive en dernier. Je vous dirai alors qu’il existe une meilleure ICO à venir cette année, pour celles et ceux qui veulent malgré tout, et je les comprendrais, investir sur le marché en croissance, du recours de plus en plus fréquent des entreprises à des travailleurs en freelance.

Raison #1 : Il y a un leader mondial d’origine californienne sur le marché : Upwork et pour les plate-formes, c’est bien connu, The Winner Takes It All, network effects obligent.

Il est très difficile de déloger un acteur dominant qui est protégé par sa marque et par sa simplicité d’utilisation rendue possible grâce à l’expérience cumulée acquise au fil des années avec les acquisitions successives de ses concurrents.

Qui aurait vraiment envie de sauter dans l’inconnu pour changer de plate-forme ? Cela reviendrait à accepter un long temps d’apprentissage, afin de prendre en main des nouveaux usages… L’apprentissage de Talao me paraît entre nous bien trop complexe à la lecture du white paper !

Raison #2 : Upwork aurait des coûts de transaction de 10 à 20% alors que Talao serait gratuite. Dans la réalité, ce n’est pas aussi évident que cela.

Tout d’abord les 3 taux de commissions de Upwork sont inversement proportionnels avec les montants facturés à un même client par un freelance, quelque soit le nombre de ses missions :

Les 20% de commissions perçus par Upwork ne s’appliquent qu’à une première tranche dans la limite de 500 dollars. Ensuite, ce taux est divisé par 2, pour un montant compris entre 500,01 et 10 000 dollars. Au-dessus, ce n’est plus que 5%.

Pour être exhaustif, il aurait fallu prendre en considération les coûts cachés de l’utilisation de la blockchain Ethereum dont on parle très peu, voir pas du tout, dans les white papers. Vous pouvez appréhender le problème par exemple dans cette discussion entre geeks, qui a eu lieu sur Reddit. Il n’est pas sûr que l’utilisation de Talao revienne moins chère que 5% en intégrant le coût de validation de chaque transaction dans la blockchain publique Ethereum annoncée.

Raison #3 : Elle est sans aucun doute la plus importante. Talao va être très très vite confrontée, rattrapée et carrément dépassée, avant même d’être totalement opérationnelle, par une autre plate-forme, non citée très opportunément dans le white paper

Moonlighting a été créée le 14 octobre 2014 à Charlottesville en Virginie (US) par Jeff Tennery. Cette start-up pourrait bien ÀMHA atteindre une des 3 premières places tant convoitée par Talao, grâce au rajout de la blockchain à sa plate-forme entièrement fonctionnelle.

Elle compte plus de 600 000 freelances enregistrés dont 47 427 actifs le samedi 28 avril 2018 à 17 heures. Mais surtout Jeff prépare en prenant son temps, en toute humilité et légalité vis à vis de la SEC, son ICO qui devrait avoir lieu en 2018. Elle me parait offrir toutes les garanties d’une future exécution réussie à la différence des vantardises de Talao.

Élément distinctif essentiel, Jeff met au centre de sa stratégie pour Moonlighting, les intérêts économiques des freelances et cela se voit au quotidien dans la communication de son entreprise sur Twitter. De nombreux tweets sont consacrés à des portraits d’indépendants avec 17 100 personnes qui les suivent sur son compte contre 1 632 pour celui de Talao.

Je ne manquerai pas bien sûr, de vous offrir une analyse détaillée de l’ICO de Moonlighting, dès que son white paper sera à son tour disponible…

En attendant, je me risque à vous livrer mon propre hunch :

Je pense que tout se jouera sur la portabilité effective, totale et simple de la réputation de chaque freelance.

Il n’y aura qu’un seul gagnant au niveau mondial et je suis prêt à parier sur le nouveau projet de développement de Moonlighting.

By leveraging Blockchain technology, Moonlighting will be able to provide users with quick and secure global transactions on Moonlighting, and also develop features to facilitate profile portability. (Jeff Tennery Founder & CEO Moonlightingextrait de l’article Freelancing in the Age of Blockchain Tech – Irish Tech News – 15 mars 2018)

Le mot portability semble être absent des deux versions du white paper de Talao

À suivre…

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