Pour Tiwal sur la plateforme Proximea, l’affaire est dans le lac !

Le Tiwal est un dériveur gonflable à structure métallique qui a pour ambition de nous faire naviguer sur toutes les mers du globe. Il est la création de Marion Excoffon, diplômée de l’Ensci-Les Ateliers. Il peut accueillir jusqu’à 2 adultes ou 1 adulte et 2 enfants, dans la limite d’un poids maximum de 200 kilos. Une fois dégonflée, il se loge dans deux grands sacs qui entrent dans le coffre de votre voiture. Le prix s’échelonne entre 5 490 et 6 480 euros ttc, en fonction des dimensions de la voile choisie (3 modèles).

Pour fabriquer et commercialiser le Tiwal, Marion et son compagnon Emmanuel Bertrand ont créé à Vannes dans le Morbihan, la société du même nom Tiwal, le 6 août 2012. C’est une société par actions simplifiée ou SAS, au capital de 65 218 euros.

Les 2 fondateurs ont lancé une campagne d’Equity Crowdfunding sur la plateforme de la filiale de la Banque Populaire Atlantique : Proximea.net, le vendredi 3 février 2017. Petite aparté : je précise Proximea.net car le premier réflexe serait de taper Proximea.com pour découvrir le projet, mais là, vous tombez sur la page du nom de domaine à vendre, au prix de 1 695 dollars…

L’Objectif Financier Minimum de Marion et d’Emmanuel est de collecter 350 000 euros avec un maximum de 500 000 euros. 200 000 euros s’affichaient au compteur dès le premier jour, apportés par le fonds d’investissement français Newfund Capital en plus des 500 000 euros. Cet investisseur a déjà investi 500 000 euros dans la start-up en 2014.

L’argent ainsi levé doit essentiellement servir à financer les dépenses liées au développement du chiffre d’affaires à l’international, plus particulièrement sur 2 États américains riches et côtiers : la Floride et la Californie.

Moyennant un investissement minimum de 1 000 euros déductible partiellement de vos impôts, vous pouvez devenir indirectement actionnaire de Tiwal, via la société Tiwal Investissement, créée pour l’occasion et dont le président est Benjamin Henri-Rousseau, nouveau directeur de Proximea, depuis octobre 2016.

Au 11 février à 14 heures, 63 580 euros ont été collectés soit 18,16% du montant minimum, au bout de 8 jours et de deux réunions d’information, la première à Vannes et la deuxième à Nantes.

Les statistiques sur les campagnes de Crowdfunding passées ne jouent pas trop en faveur du succès espéré de la nouvelle levée de fonds de Tiwal. Normalement il aurait fallu atteindre 25% du montant minimum à la fin de la première semaine, pour maximiser les chances d’atteindre l’Objectif Financier Minimum.

Et pourtant, si 500 possesseurs d’un Tiwal mettaient 1 000 euros chacun, cela ferait les 500 000 euros attendus ! Malheureusement, nous n’en sommes pas là. J’ai identifié 7 vents contraires qui rendent difficile cette opération, ressemblant un peu quand même à un renflouage :

Vent Contraire #1 : J’ai comparé le contenu des documents fournis avec les éléments exigés dans le dossier standard d’un groupe structuré de business angels. Il manque beaucoup d’informations sur la présentation du projet, l’analyse du marché, la concurrence, les partenaires, les fournisseurs, la propriété intellectuelle,…

Je ne comprends pas comment Proximea a pu faire prendre un tel risque à sa cliente, en la laissant présenter, un business plan aussi incomplet !

Je me souviens des dossiers 10-vins et Sensorwake sur la même plateforme, qui étaient complets !

Vent Contraire #2 : L’entreprise est chaque année déficitaire depuis sa création. Elle ne vend pas suffisamment de bateaux pour atteindre son point d’équilibre.

Vent Contraire #3 : Les prévisions très optimistes présentées semblent avoir été élaborées au doigt mouillé qui aurait été soumis à un vent d’ouest mystérieusement trop favorable pour être réaliste.

Vent Contraire #4 : Tiwal n’a pas vraiment encore trouvé son marché de niche qui lui assurera le succès commercial permettant le développement attendu dans les années à venir.

Vent Contraire #5 : Les chinois proposent des modèles concurrents à des prix bien plus bas, même si je veux bien l’admettre, la qualité ne doit pas être toujours au rendez-vous…

Vent Contraire #6 : Le nouveau Président américain Donald Trump ne cache pas sa volonté de réserver le marché US aux productions nationales en commençant à remettre en cause les traités internationaux de commerce existants…

Vent Contraire #7 : Tiwal ne montre pas l’existence d’une communauté vibrante pour son bateau même si sa page Facebook TiwalTeam a 3 700 j’aime au 11 février.

Vendu dans 40 pays, le Tiwal est à la fois partout et nulle part, invisible malgré une couleur jaune et une forme bien distinctes. Ses propriétaires individuels sont autant d’orphelins d’une supposée famille Tiwal, dont les membres s’ignorent malgré eux et ne demandent qu’à être réunis.

En soit, les pertes passées ne seraient pas si graves, si il y avait un véritable plan d’action détaillé et crédible, différent de tout ce qui a été fait jusqu’à présent, pour atteindre la ligne de flottaison, dans un avenir défini avec précision.

Si le Tiwal jouit d’une conception de haute qualité d’après mon cousin Marcel Nizon amateur de voiles, je pense qu’il lui manque un positionnement clair comme en témoigne involontairement cette page du site web de Tiwal, qui décrit des usages aussi polyvalents qu’un couteau suisse…

Ma conviction est que le Tiwal devrait être positionné exclusivement comme un voilier spécifiquement conçu pour la navigation sur les lacs, à destination d’une clientèle familiale urbaine CSP+, avec la volonté d’en faire ainsi le leader de cette nouvelle catégorie.

Tiwal devrait organiser des week-ends de découvertes de lacs, réservés exclusivement aux propriétaires d’un de ses bateaux, sous la forme d’itinéraires ludiques aux destinations mystérieuses.

L’organisation de ces virées familiales, qui pourraient représenter également une nouvelle source de revenu, permettrait de constituer et d’animer la communauté qui manque tant aujourd’hui.

Le pire c’est qu’il y a des propriétaires qui sont déjà demandeurs d’une telle démarche. J’ai lu ce message sur la page Facebook, cette fois de TiwalFrance, signé Franckykevelo et daté du 28 janvier 2017 :

Bonjour la famille tiwal, y a t il des propriétaires de tiwal en Languedoc Roussillon pour rentrer en contact avec eux et naviguer ensemble ?

Ce message n’a obtenu aucune réponse depuis sa publication…

Des témoignages de clients sur le site web de Tiwal, évoque le même besoin à l’image de cet autre exemple :

Si j’avais un message pour la communauté Tiwal ? Se retrouver pour naviguer ensemble et faire découvrir ses spots…

Pour l’instant je n’investirai pas dans Tiwal et je pense qu’elle devrait suspendre sa campagne d’Equity Crowdfunding pour revenir dans quelques semaines avec un business plan complet et surtout un véritable plan marketing détaillé.

En 1983, la société de fabrication de motos Harley Davidson qui était en sérieuse perte de vitesse, résultat de la concurrence des motos japonaises depuis les années 70’s, a créé le Harley Owners Group (H.O.G.). Depuis cette date, elle organise régulièrement diverses sorties et rassemblements réservés à ses membres heureux propriétaires d’une de ses motos. Elle est ainsi devenue pour les motards clients de la marque, un style de vie.

Il appartient aux dirigeants de Tiwal de créer ce lien émotionnel entre leur bateau et leurs clients, ce sera la meilleure protection contre les copies bon marché chinoises.

L’entrepreneur Yvon Gattaz avait déclaré dans une interview au Journal du Net publiée en ligne le 26 juillet 2006, que le plus dur pour un entrepreneur est de trouver son marché et en précisant :

Mais comme pour les champignons, cherchez, cherchez encore, cherchez toujours… et vous trouverez. Bonne chance !

À suivre sur proximea.com, euh pardon, je voulais dire proximea.net 😉 !


Bullshit detector
Pour Tiwal sur la plateforme Proximea, l’affaire est dans le lac !

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