Pour lutter contre le diabète, cette start-up saura-t-elle croquer la Pomme ?

PKparis est une société par actions simplifiée au capital de 154 098,48 euros, créée le 24 avril 2013 par Luc Piérart à… Paris. Sa petite équipe est composée d’une dizaine de personnes, principalement des designers et des marketeurs de talent, qui conçoivent et commercialisent des clés USB miniatures et des paires d’écouteurs sans fil made in Taiwan. Au dernier exercice clôturé le 30 juin 2016, la jeune société a réalisé un chiffre d’affaires de 406 600 euros et a subi une perte nette comptable de 368 200 euros.

Entre le 11 octobre et le 11 décembre 2015, PKparis avait déjà levé 700 000 euros sur la plateforme d’Equity Crowdfunding française SmartAngels. Elle avait complété cette somme par un prêt sans garantie de la Banque Publique d’Investissement (BPI), d’un montant de 300 000 euros remboursable sur 6 ans, avec un différé de remboursement de 2 ans.

La start-up parisienne a cette année pour ambition de développer au travers de sa filiale PKvitality, K-Track, une gamme de trackers capables d’analyser les principaux marqueurs physiologiques au simple contact de la peau, à l’opposé d’appareils actuels nécessitant un prélèvement de sang.

Le premier de ces espions bienveillants est la K-Watch Glucose, une montre intelligente munie au dos d’une capsule à usage unique et spécialisé de glucomètre, qui s’adresse aux diabétiques en mesurant en temps réel et de manière non intrusive leur taux de glucose. A partir d’une simple pression d’un doigt sur la K-Watch, des micro-aiguilles inférieures à 0.5 mm, guidées par des capteurs biométriques contenus eux aussi dans la K’apsul à durée d’utilisation limitée, prélèvent du liquide interstitiel, situé juste sous la peau mais avant les nerfs et les vaisseaux sanguins. Au bout d’une minute, le résultat s’affiche sur l’écran de la K-Watch Glucose. C’est l’effet SkinTaste garantie 0 douleur.

Attention, il faudra toujours un médecin pour interpréter ces données glycémiques, surtout qu’elles ne sont pas présentées au format standard de la méthode électrochimique habituelle. Le prix de la montre sera de 150 euros et sa recharge mensuelle de 100 euros.

En janvier 2017, l’entreprise avait réservé son stand dans la cour des grands au CES de Las Vegas en faisant le pari coûteux d’y trouver des investisseurs capables de comprendre l’immense potentiel du business model à la Nespresso de la K-Watch et d’y injecter les nombreux millions de dollars indispensables pour garantir sa future disponibilité fin 2018.

Apparemment les investisseurs ne se sont pas précipités sur l’opportunité d’investissement malgré un Best of Innovation Award obtenu. PKparis a donc lancé le 23 mai 2017 une campagne de pré-souscription, une nouvelle fois sur la plateforme SmartAngels, pour une levée comprise entre 400 000 et 1 500 000 euros. PKparis nous propose des obligations convertibles en actions avec une décote de 50% sur la future valorisation lors de la prochaine augmentation de capital prévue dans les 2 ans, qui déclenchera la conversion. La période de réservation se termine dans 19 jours et le ticket minimum d’entrée est quand même de 5 000 euros.

Personnellement je m’abstiendrai de participer à cette opération pour 3 raisons principales.

Raison Principale #1 : PKparis est encore très loin de disposer d’un prototype fonctionnel prêt à être industrialisé.

La vidéo de présentation de la montre est une pure fantaisie. Cette fiction n’est pas sans rappeler cher ami lecteur fidèle, celle de la vidéo de la campagne de Crowdfunding hors-pistes du bracelet Cicret intégrant un pico-projecteur. N’oubliez pas que les campagnes de Crowdfunding qui commencent par ce genre de fiction finissent mal en général… au moins pour les contributeurs.

Raison Principale #2 : La campagne sur SmartAngels ne suffira pas à répondre aux besoins financiers de PKparis pour disposer d’un prototype fonctionnel réellement industrialisable.

Ce financement a pour finalité officielle de permettre à la start-up de finaliser la R&D de la nouvelle montre mais a surtout, à mon humble avis, vocation à financer ses besoins en fonds de roulement à court terme, en attendant l’arrivée espérée mais pas encore confirmée de VC’s. Ils seront vitaux et devront avoir des poches profondes pour financer tous les développements qui restent à venir : réaliser un prototype qui soit prêt à être industrialisé, mener les tests et études cliniques qui garantiront notamment l’hygiène permanente des micro-aiguilles afin d’éviter toute infection bactérienne de la peau, obtenir les certifications préalables à la mise sur le marché,…

Raison Principale #3 :  Apple pourrait bien être le concurrent qui coiffe au poteau PKparis.

Un article de Appleinsider daté du 12 avril 2017 réitère la rumeur en lui apportant une couche supplémentaire de confirmation, que la société de Cupertino a constitué discrètement une équipe d’ingénieurs biomédicaux pour rajouter à son Apple Watch une fonctionnalité de suivi du niveau de glucose.

Moralité encore une fois répétée par cette future nouvelle campagne d’Equity Crowdfunding, il est toujours extrêmement hasardeux pour une start-up de vouloir se frotter à un GAFA ou à un NATU

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Pour lutter contre le diabète, cette start-up saura-t-elle croquer la Pomme ?

6 réflexions au sujet de « Pour lutter contre le diabète, cette start-up saura-t-elle croquer la Pomme ? »

  1. Merci Michel pour cette analyse approfondie et argumentée (comme toujours !).
    Il est vrai que si un grand groupe tel qu’un GAFA se penche sur la même question, à moins d’absorber la startup si elle a déjà une longueur d’avance, la survie de la jeune entrerprise est plus que compromise face à un tel mastodonte.

    1. Georgio dit :

      Bonjour Fabien
      je rejoins l’analyse pertinente de Michel
      en ce qui concerne votre point de vue :
      a moins que la stratégie soit justement de se faire absorber… Et n’oublions pas que les GAFA ne seront pas forcement éternels face aux nouveaux acteurs de l’Intelligence Artificielle qui sont en train d’émerger.

  2. Bonjour Georgio.
    Les GAFA ne sont certes pas forcément éternelles, mais elles ont une reconnaissance, un attrait et surtout les moyens financiers pour attirer les meilleurs experts là où ils sont. Ex: Le labo d’IA de Facebook installé à Paris et dirigé par un français.

    Maintenant, oui, je vous rejoins complètement, que certaines startups ne demandent qu’à être absorbées par ce genre de grosse boite.

  3. Clémence dit :

    Bonjour,

    Et merci pour cette analyse!

    Si je puis me permettre, je pense qu’il y a un autre concurrent à ce dispositif : le système « patch + analyseur » FreeStyle Libre. Le dispositif complet coûte 170 € et ensuite, 70€ tous les 14 jours pour renouveler le patch. Or, fin 2016, la haute autorité de santé a décidé que ce dispositif serait remboursé par la sécurité sociale.

    Et comme vous le mentionnez, Apple semble aussi se positionner sur le marché. Ils auront les moyens de mener toutes études réglementaires qu’il faut en beaucoup moins de temps que d’autres.

    Bref, contrairement à ce qu’on pourrait penser, le marché du suivi pour les diabétique semble déjà bien occupé et ceux qui ont déjà engagé les démarches réglementaires ou auprès de la sécurité sociale ont un train d’avance sur les autres.

    Or ce point n’est pas encore mentionné par PK paris, et j’avoue que je ne vois pas trop comment leur projet élève les barrières à l’entrée (ou les baisse à la sortie).

  4. Bonjour Clémence, merci pour votre commentaire qui est le bienvenu en mentionnant une alternative déjà opérationnelle et remboursée par la sécurité sociale. Pour Pkparis, c’est effectivement un pari qui est loin d’être gagné…

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