Ne dites pas aux français qui sont fans du Livret A qu’une licorne peut aussi naître sur une plate-forme d’Equity Crowdfunding !

Je ne sais pas si vous partagez ma perception mais les campagnes d’Equity Crowdfunding sur les différentes plate-formes françaises depuis le début de 2018, sont à la peine, malgré la super qualité de certains projets qui nous sont proposés.

Je pense plus particulièrement à celles de Lovebox sur Sowefund et de Monsieur Appert sur SmartAngels.

Les particuliers qui pourraient investir dans ces start-up, auraient bien besoin d’une dose plus puissante de fortifiant, afin de les encourager activement à franchir le rubicon du financement participatif.

Je m’interroge dans quelle proportion cette baisse de forme apparente, serait dû aussi à la disparition de l’ISF classique qui encourageait ses assujettis, à investir dans des start-up, en leur permettant de bénéficier d’une remise substantielle de 50% de leur impôt ?

Attendons le bilan de l’année 2018 complète, avant de nous prononcer définitivement et encore mieux, continuons de lire attentivement l’excellent blog de Guillaume Fonteneau qui traite notamment, la thématique des taxes et impôts en tout genre, avec profondeur, en contexte et sans oublier du bon sens.

Entre-temps, vous ne pourrez déduire de votre impôt sur le revenu, que 25% du montant investi dans une start-up, à la condition de garder votre participation pendant une durée de 5 ans minimum.

Sans surprise, le Livret A se porte plus que bien en montants collectés, comme l’a souligné dans un tweet du 22 août dernier, Jean-Luc Mordoh :

10Md€ de collecte sur le Livret A qui ne rapporte rien. Strictement rien. Il y a un sacré travail d’évangélisation pour expliquer la notion de risque au français. #crowdfunding #crowdlending

auquel Fabien Raynaud a répondu dès le lendemain :

Oui, la route est encore longue…

Alors comment pourrions-nous ensemble en réduire la longueur ?

Je suis d’accord avec Jean-Luc, Évangélisons, Évangélisons, il en restera toujours quelque chose. Commençons dès aujourd’hui par nous dire qu’il manque en France, 2 Incentives présentes chez nos voisins britanniques.

Incentive Manquante #1 : L’équivalent en euros d’un Seed Enterprise Investment Scheme (SEIS)

En Grande-Bretagne, la fiscalité appliquée aux start-up est beaucoup plus stimulante pour les contribuables : le taux de réduction de l’impôt sur le revenu est de 50% du montant de l’investissement, soit le double de la France et les gains potentiels bénéficient d’une ristourne fiscale de 50% si ils sont réinvestis dans une start-up.

Bref toutes les conditions fiscales sont réunies de manière pragmatique, pour créer un cercle vertueux ininterrompu de création de nouvelles richesses au pays de Harry Potter.

Incentive Manquante #2 : La participation à la naissance d’une licorne ou unicorn sur une plate-forme d’Equity Crowdfunding

Olivier Goy, fondateur et président du directoire de Lendix, la plate-forme européenne d’origine française qui prête aux entreprises plus vite que son ombre, s’est exprimé dans un tweet le 14 août sur Revolut :

Joli portrait de @NikoStoronsky, fondateur de @RevolutApp in @LesEchos disclaimer: je suis fan du produit 💙 #fintech (mots en gras de mon fait)

L’entrepreneur y a donné la courte formule qui explique le succès de Revolut en grande partie : être fan.

Revolut est une néo-banque qui a été créée en juillet 2015 à Londres par un entrepreneur d’origine russe, Nikolay Storonsky, ancien trader au Crédit Suisse. Il a su constituer dès le premier jour une communauté de fans autour de son offre commerciale.

Des centaines de milliers de clients ont été attirés d’abord par l’absence de commissions bancaires traditionnelles sur de nombreuses transactions dont les coûteux transferts à l’étranger.

La première source de revenu de Revolut au moins au démarrage, a été la ponction d’un pourcentage appliqué au prélèvement par Mastercard sur chaque transaction, supporté au final par le seul commerçant. Vous remarquerez que cette rémunération est indolore et transparente pour leurs clients titulaires d’une de leurs Mastercards, gratuite en version de base.

À l’occasion de deux levées de fonds significatives dites série A et série B, Revolut a voulu récompenser sa communauté, en permettant à ses membres de devenir actionnaires, via les 2 principales plate-formes d’Equity Crowdfunding britanniques.

En juillet 2016, une première campagne d’Equity Crowdfunding sur Crowdcube incluse dans leur série A, a permis de collecter un peu plus d’un million de livres auprès de 433 investisseurs sur une base de valorisation de 42 millions de livres.

En juillet/août 2017, elle a réalisé une seconde campagne sur Seedrs, faisant partie de leur série B, sur un niveau de valorisation de presque 276 millions de livres. 4 260 investisseurs en ont bénéficié, lui apportant 3,8 millions de livres.

En avril 2018, Revolut a annoncé une série C d’un montant de 250 millions de dollars sur une valorisation qui a atteint 1,25 milliard de livres.

Cela signifie l’application d’un coefficient multiplicateur de 25 environ pour celles et ceux ayant participé à la première campagne d’Equity Crowdfunding sur Crowdcube et de 3,6 pour les actionnaires de Revolut via Seedrs !

Les particuliers qui ont souscrit à ces deux campagnes d’Equity Crowdfunding sont entrés au capital de Revolut sur la même valorisation que les VC’s Balderton Capital, Index Ventures et Ribbit Capital.

Seedrs a pu légitimement publier sur son blog :

This month, Revolut announced a $250 million Series C round, led by DST Global, that values the company at approximately $1.7 billion (£1.25 billion) – making it the first unicorn in our portfolio. (les 3 mots en gras sont de mon fait)

Dites, le taux de rémunération du Livret A, c’est combien aujourd’hui en net si on veut bien tenir compte du taux réel d’une inflation qui semble redémarrer de plus belle ? 😉


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Ne dites pas aux français qui sont fans du Livret A qu’une licorne peut aussi naître sur une plate-forme d’Equity Crowdfunding !

2 réflexions au sujet de « Ne dites pas aux français qui sont fans du Livret A qu’une licorne peut aussi naître sur une plate-forme d’Equity Crowdfunding ! »

  1. Je partage tout à fait vos 2 points pour favoriser le développement du crowdfunding pour irriguer davantage l’économie réelle avec l’argent des épargnants.

    La disparition de l’ISF a peut-être fait perdre de l’argent provenant d’investisseurs « aisés » qui recherchaient avant tout la défiscalisation plutôt que l’investissement dans un projet. La défiscalisation en France devrait être désormais de 25%, c’est mieux qu’avant, mais effectivement on devrait s’inspirer des mesures britanniques pour de meilleures incitations fiscales aussi bien à l’entrée en capital qu’à la sortie.

    Conjointement à la perte d’une population aisée qui investissait pour défiscaliser son ISF, le financement participatif doit continuer sa démocratisation. L’objectif serait que (presque) Mr ou Mme Tout Le Monde qui souhaite diversifier son épargne puisse le faire via le crowdfunding. Notamment quand on sait qu’on peut investir dans l’économie réelle à partir de 100€ (plus besoin d’être un Business Angel avec un ticket d’entrée à 50.000€). Espérons qu’un jour le crowdfunding soit aussi connu et conseillé que l’est l’assurance vie actuellement.
    Sans nécessairement attendre la naissance d’une licorne, un beau succès d’une boite financée par la foule pourrait populariser le mouvement du financement participatif. Un peu à la manière de la sortie de la chanson « Toi plus moi » de Grégoire qui avait popularisé ce tout premier aspect du financement participatif.

    Allez venez et entrez dans la danse… du crowdfunding !

    1. Merci pour votre commentaire Fabien.
      Le gouvernement a bien su s’inspirer via Stéphane Bern des britanniques pour implémenter en France un loto du Patrimoine, qui je pense sera un très grand succès. Peut-être devrait-il demander à nouveau à Stéphane Bern de s’inspirer du modèle anglais pour l’Equity Crowdfunding également…
      Plus fondamentalement, je pense que très peu de français comprennent véritablement les mécanismes de création de richesse car au final avec 50% de discount, le gâteau fiscal serait sans doute plus important qu’avec 25%… On est trop obsédé par la taille des parts d’un gâteau que l’on croit par erreur fixe en taille.

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