L’ICO de Paymium/Blockchain.io ou la dramaturgie du surfeur français qui arrive trop tard après la vague !

Many of the most popular digital currencies trade 80% or even 90% lower than their peaks last December, and the popping of the bubble has erased a staggering $600 billion in market capitalization. (Extrait page 102 – Coinbase Wants to Be Too Big to Fail – Jeff John Roberts – Fortune – Octobre 2018)

Coinbase est une start-up californienne créée en juin 2012 par un jeune informaticien, ancien salarié de AirBnB, Brian Armstrong, âgé aujourd’hui de 35 ans. L’article du nouveau numéro du magazine Fortune, également disponible sur le Web, nous apprend que sa société basée à San Francisco 248 Market Street a dépassé le milliard de dollars de chiffre d’affaires en 2017, a un effectif d’environ 1 000 salariés et qu’elle est profitable avec une valorisation actualisée qui atteint les 8 milliards de dollars. Ce plafond de verre brisé du double milliard acquis, celui du revenu et de la valeur de la start-up, en fait une licorne deux fois plus légitime. Coinbase vise maintenant le milliard de clients à l’horizon de 5 ans et veut se donner les moyens financiers d’y parvenir…

Paymium est une start-up ayant son siège à Boulogne-Billancourt (92), créée 11 mois plus tôt, en juillet 2011 par un ingénieur triplement diplômé, XTelecom plus MBA de la Columbia University, Pierre Noizat, âgé aujourd’hui de 58 ans. Le dernier chiffre d’affaires publié est celui de 2014, 113 800 euros pour un résultat de 3 300 euros. L’effectif total de l’entreprise tel qu’il apparaît sur le site Web de son ICO, blockchain.io, est de 12 personnes en plus du boss.

Les 2 start-up évoluent dans la même catégorie des plate-formes d’échange de cryptomonnaies. Elles ont seulement un an d’écart mais ont connu, on est bien obligé de l’admettre, une évolution radicalement différente…

Je ne suis pas sûr du tout que l’extrait de cette chanson de Maxime le Forestier s’adressait aux start-up mais je me suis permis de le détourner pour mieux nous interroger sur la violence des différences de ces chiffres, entre les États-Unis et l’Europe ou plus précisément entre la Californie et la France :

Est-ce que les start-up naissent égales en droits
À l’endroit où elles naissent
Nom’inqwand’yes qwag iqwahasa

La dernière phrase de cet extrait de Né quelque part est en zoulou et signifie Quand on a l’esprit violent, on l’a aussi confus d’après Wikipedia.

Gardons à l’esprit cet avertissement du peuple des Bantous et continuons, si vous le voulez bien, l’histoire du surfeur malchanceux qui n’a pas pu/su profiter des vagues de la Côte Ouest. Il faut préciser pour sa défense, qu’entre Boulogne-Billancourt et San Francisco, il y a une distance de 8 944 kilomètres d’après Google et sans doute encore plus sur le plan culturel !

Un surfeur français déjà presque nu au départ sur une mer d’huile

En 2011/2012, le marché des cryptomonnaies représentait une mer calme, très calme où le Bitcoin valait 28 euros en juin 2011. Dans ces conditions, il n’était pas question de pouvoir faire fortune rapidement, même en taxant à la commission, les échanges des happy few qui l’auraient acquis au cours du premier jour, soit 0,001 dollar, le 5 octobre 2009.

Il faudra attendre 2013, pour voir le cours décoller à 80 euros. Il n’y avait toujours pas de déferlante à l’horizon et il fallait vraiment être visionnaire pour y miser l’activité de sa boîte, comme ont su le faire, Brian Armstrong et Pierre Noizat, chacun d’un des deux côtés de l’Atlantique.

Pour remédier à cette mer plate même temporaire, il était préférable de réussir à sécuriser de l’argent, beaucoup d’argent, le maximum si c’était possible…

D’après le site Crunchbase, Coinbase a levé entre le 12 septembre 2 012 et le 20 janvier 2 015, un total de 106,7 millions de dollars en 4 fois.

Le 2 septembre 2015, Paymium a quant à elle, levé 1 million d’euros seulement par rapport à ses ambitions je suis tenté d’écrire, auprès de 6 investisseurs : Kima Ventures, Gallit, Newfund Capital, Stéphane Philipakis, Spring et Alvota Partners.

Paymium revendique aujourdh’ui 175 000 clients enregistrés et Coinbase, 25 millions.

Paymium n’a levé ensuite aucun nouvel argent frais alors que Coinbase, a encore récolté sans efforts apparents, 118,6 millions de dollars supplémentaires en deux fois, le 7 juillet 2016 et le 10 août 2017. Une nouvelle augmentation de capital encore plus conséquente, serait même en préparation d’après Fortune.

Le seul recours afin de permettre à Paymium de continuer à faire de la figuration sur ce marché, était de lancer une bouée de secours par temps de tempête, sous la forme désespérée d’une ICO.

C’est chose faite depuis le 27 septembre 2018, avec un objectif de collecter 20 millions d’euros soit 20 fois le montant levé auprès de ses actionnaires, 3 ans auparavant…

L‘ICO est aux start-up qui n’ont pas encore décollé malgré l’argent des actionnaires, ce que la télé-réalité est aux seconds couteaux du monde de l’audiovisuel, un ultime recours pour tenter de se relancer.

ÀMHA, cette ICO arrive trop tard, après une année 2017 de tous les records pour les cryptomonnaies qui ne serait pas sans rappeler, la bulle spéculative des bulbes de tulipe ou Tulip mania (je préfère la terminologie anglaise) au milieu du XVIIe siècle…

En plus, pour ne rien arranger, la société luxembourgeoise Blockchain SA vient d‘assigner Paymium, 7 jours avant le début de son ICO, devant le Southern District of New York pour l’utilisation du nom Blockchain

Je publie ci-dessous un court échange sur twitter avec Alex Stachtenko, cofondateur de Blockchain Partner, à la suite de son tweet du 27 septembre :

.@paymium est poursuivi par @blockchain pour parasitisme et contrefaçon sur le nom et le logo de son ICO . La bataille du nom « blockchain » commence 😂

Je lui ai répondu :

Attention à l’effet boomerang quand on essaye de protéger un nom commun. Cela ne vous interroge pas qu’une entreprise luxembourgeoise saisit un tribunal new yorkais ?

Réponse d’Alex :

Le début de la plainte commence par un disclaimer précisant qu’ils ne souhaitent pas s’approprier l’usage du mot comme nom commun, mais qu’ils attaquent bien précisément sur des « informations and belief » que Paymium aurait consciemment joué de la confusion des marques

L’entreprise Blockchain plaignante demande un montant supérieur à 10 millions de dollars, en réparation aux supposés dommages causés… Je ne suis même pas convaincu que l‘ICO de Paymium réussisse à atteindre ce difficile pallier, surtout en ces temps de bear market pour les cryptomonnaies et les ICO’s…

Je termine en citant à nouveau Jeff John Roberts, auteur de l’excellent article de Fortune mentionné à plusieurs reprises dans ce post :

Cryptocurrency prices have lost more ground since December in percentage terms than the Nasdaq did during the dotcom bust of 2000–02.

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L’ICO de Paymium/Blockchain.io ou la dramaturgie du surfeur français qui arrive trop tard après la vague !

9 réflexions au sujet de « L’ICO de Paymium/Blockchain.io ou la dramaturgie du surfeur français qui arrive trop tard après la vague ! »

  1. NotDavout dit :

    je ne sais pas s’il souhaite communiquer. je vais lui envoyer cette url en privé et s’il souhaite se dénoncer il le fera lui même 😉

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