Les 3 mélanomes cachés de la peau en apparence lisse de Poietis sur Wiseed

Poietis est une société par actions simplifiée au capital de seulement 21 890 euros, créée le 24 septembre 2014 à Pessac en Gironde par Fabien Guillemot et Bruno Brisson. La biotech bordelaise est une sorte de spin-off de l’établissement public Inserm de la région Nouvelle-Aquitaine où Fabien, docteur en matériaux de l’INSA de Rennes, y exerçait les fonctions de chercheur depuis 2001. Il en est le président et Bruno le business développeur de l’équipe, le directeur général. Les 2 cofondateurs sont encore largement majoritaires avec 70,92% du capital.

Poietis s’est donnée pour mission de continuer les recherches de l’ancien département de Bruno à l‘Inserm, le BioTis, afin de mettre au point et d’industrialiser l’équivalent d’une peau humaine vivante, permettant de procéder à des greffes. Tout cela grâce à une bio-imprimante laser 3D unique au monde et à ses brevet associés. Leur exploitation a été cédée par l‘Inserm à la jeune pousse, pour tous les pays et pour une période illimitée.

Mais presque 3 ans après la date de création, nous sommes très très loin d’atteindre cet objectif chirurgical qui reste aujourd’hui encore, de la science à l’état de pure fiction.

Après avoir coupé au moins en partie le cordon ombilical avec l‘État dans le rôle de mère nourricière, Il faut bien trouver à financer la start-up qui compte une vingtaine de collaborateurs, faute de pouvoir commencer à compter sur les ventes récurrentes de tissus de cellules vivantes au m2.

En 2015, une première campagne d’Equity Crowdfunding sur la plateforme toulousaine Wiseed a permis de réunir 900 000 euros auprès de 783 contributeurs.

Après ce premier succès financier, Poietis en remet une couche cet été 2017 avec une deuxième campagne toujours sur Wiseed, pour essayer de lever cette fois, 2 millions d’euros, avec un objectif minimum d’un million d’euros. Elle est prévue de se terminer fin août et le ticket minimum pour investir est de 100 euros. La valorisation pre-money demandée, presque 1 000 fois le montant du capital social, représente quand même la peau des fesses, à mon humble avis de dermatologue amateur improvisé pour l’occasion.

Quand on décrypte rapidement le dernier bilan comptable publié par Poietis, que l’on « reclasse » les immobilisations incorporelles, on s’aperçoit que ces 2 nouveaux millions d’euros ne seront pas une crème dermatologique de luxe et qu’il y a même urgence à les réunir, pour sauver la peau vite asséchée et encore bien fragile, de la jeune entreprise.

J’ai identifié 3 mélanomes cachés de cette peau qui est loin d’être aussi lisse que l’on pourrait le croire en visionnant simplement cette vidéo hallucinante, plus publicitaire à mon goût que riche en information. Elle a été réalisée dans l’unique but de nous convaincre d’investir sans trop réfléchir, dans un avenir très hypothétique de Poietis.

Mélanome Caché #1 : Poietis défie à ses risques et périls la fameuse loi de Moore et ses dérivés, en étant la seule à exploiter commercialement au monde, une vieille bio-imprimante laser 3D maison datée de 2005

Schématiquement, il existe 3 technologies pour fabriquer une bio-imprimante 3D : jet d’encre, laser et microextrusion. C’est l’extrusion qui connait le plus grand succès commercial et qui continuera à bénéficier donc seule, des bienfaits pour les clients de toute technologie qui devient un standard de fait : les quantités produites croissantes de ce type d’imprimantes permettent d’en faire baisser le coût de revient unitaire, tout en en augmentant leurs performances et leur niveau de miniaturisation. Un écosystème se crée alors, avec par exemple des éditeurs qui investissent leur propre argent, pour offrir des logiciels facilitant et optimisant leur usage.

On trouve ainsi des modèles à partir de 10 000 dollars comme cette Inkredible. Incroyable ? Non, pas vraiment. Les prix devraient continuer à baisser, effet de la loi de Moore oblige, pour atteindre enfin les étagères physiques et virtuelles, des principales enseignes, de la Fnac à Amazon.

Poietis avec sa bio-imprimante laser 3D aussi imposante qu’une armoire normande, est l’héritière-prisonnière de son histoire avec l’Inserm. L’entreprise sera de plus en plus handicapée par ce choix forcé d’une technologie qui deviendra de plus en plus onéreuse et difficile à exploiter et surtout à entretenir. Ce meuble-outil encombrant risque de devenir très bientôt, complètement obsolète et bon pour le nouveau musée Replay de Bordeaux.

Mélanome Caché #2 :  Poietis évolue uniquement depuis 2015 dans un océan rouge où Il y a deux fois plus de concurrents que de clients potentiels

J’ai identifié les 4 débouchés possibles pour la bio-impression 3D de cellules vivantes, du plus simple au plus compliqué d’accès. Ils correspondent aussi à des niveaux de développement différents des trop nombreux acteurs qui se disputent âprement le seul premier débouché, faute d’avancées majeures validées par des publications scientifiques internationales reconnues :

– la bio-impression 3D de cellules de peau pour les tests des futurs produits cosmétiques

– la bio-impression 3D de cellules de foie ou de pancréas pour les tests des futurs médicaments

– la-bio-impression 3D de cellules de peau pour effectuer des greffes cutanées

– la bio-impression 3D d’organes complets pour des greffes sans donneurs humains.

Ce sont bien sûr les deux derniers débouchés et particulièrement le 4ème qui font le plus vibrer le cœur de tous les actionnaires plus ou moins spéculateurs de la planète Terre. Par ses deux premiers contrats de recherche signés avec BASF en 2015 et l’Oréal en 2016, Poietis nous informe bien, qu’elle ne peut concourir aujourd’hui que pour le premier débouché. Pour le 2ème débouché bien moins disputé déjà, je n’ai noté que la société suisse de Zurich, InSphero et l’américaine Organovo qui a aussi signé un contrat de recherche avec l’Oréal dès 2015, en réponse au premier débouché.

Mélanome Caché #3 : La greffe n’a pas encore pris

Aucun acteur, quelque soit ses moyens financiers, ne sait proposer aujourd’hui de substitut en bio-impression 3D aux greffes de peau ou d’organes, y compris le leader du marché Organovo, une société californienne qui existe depuis 2007. Cotée au Nasdaq, elle subit de plein fouet les conséquences négatives de promesses commerciales imprudentes qui ne sont pas sans rappeler celles de la communication de Poietis.

Il faudra sans doute au moins une décennie avant que la chirurgie commence tout juste à bénéficier de ces nouveaux tissus de cellules vivantes.

À moins que d’ici-là, des solutions inattendues ne soient inventées, par de jeunes biodiges (mot inventé avec la concaténation de bio et de la deuxième syllabe de prodige) autodidactes, bricolant dans le garage de la maison familiale. Ils utiliseront des bio-imprimantes en open source connectées et alimentées en encres de cellules humaines concoctées à l’aide d’un maxi coffret de biologie cellulaire, constitué à partir d’éléments disparates trouvés dans les profondeurs de l’Internet…

Entre ces jeunes biohackers missionnaires et les chercheurs mercenaires professionnels, qui seront les premiers trouveurs, pour répondre aux défis des 3ème et 4ème débouchés ?

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