L’Equity crowdfunding d’Entomo Farm au service de l’entomofunding

Entomo Farm est une société par actions simplifiée au capital de 1 638 euros, créée le 15 avril 2014 à Blanquefort en Gironde. Elle est spécialisée dans la culture d’insectes et plus précisément, l’entomoculture de Tenebrio Molitor.

Son président et fondateur, Grégory Louis est un ancien agent immobilier, 100% autodidacte dans l’entomologie. Il s’est associé avec un ingénieur diplômé des Arts et Métiers, Clément Soulier. Une entomologiste originaire du Maine-et-Loire, Delphine Calas-List, les a rejoints en octobre 2016, avec le titre de directrice de recherche. L’équipe est constituée d’une quinzaine de personnes.

Dans le Tenebrio Molitor, parole de breton, c’est comme dans le cochon, tout est bon !

On en extrait de l’huile riche en oméga pour l’industrie cosmétique à partir de leur chair stérilisée et pressée. Après cette première étape, Il subsiste une pulpe sèche qui sert une fois broyée, à l’élaboration d’une farine riche en protéines et pauvre en matières grasses. Quant aux déjections, garantie sans odeurs, elles peuvent même servir à la fabrication d’engrais et autres fertilisants.

L’idée de substituer la farine à base de poissons sauvages par de la farine d’insectes est très séduisante et populaire, au moins sur le papier, pour aider à la préservation des ressources naturelles des océans.

Au départ, Entomo Farm devait être un fournisseur de containers aménagés pour l’élevage d’insectes, livrés clé en mains chez les pisciculteurs, afin de leur permettre de produire la future alimentation pour leurs poissons d’élevage, y compris les esturgeons. J’écris future car finalement ce type d’aliments ne sera autorisé dans l’Union européenne, qu’à partir du 1er juillet 2017.

C’est sur la base de cette promesse d’activité d’équipementier, qu’une première campagne d’Equity Crowdfunding a permis en mars 2016, à la start-up girondine de lever 900 000 euros sur la plateforme Sowefund. Cette somme a été abondée à hauteur de 300 000 euros, principalement par le fonds régional Aqui-invest et par Bpifrance.

En ce mois de juin 2017, après un abandon du projet de containers pas vraiment expliqué, Entomo Farm finalise une seconde levée de fonds pour financer cette fois, l’aménagement d’une usine d’élevage et de transformation d’insectes, après avoir migré à Libourne, soit à une distance d’environ 40 kilomètres de Blanquefort.

Afin de financer ce pivot implicite, Entomo Farm recherche au moins 500 000 euros dans une deuxième campagne d’Equity Crowdfunding, toujours sur Sowefund. Au 23 juin 2017, si on en croit le compteur affiché sur la page de la campagne, l’objectif est atteint à 133% mais il vous reste encore quelques jours pour participer, jusqu’à ce que le montant collecté atteigne un million d’euros ou que nous soyons le 14 juillet. La valorisation pre-money est de 5 millions d’euros et le ticket minimum pour investir est de 100 euros.

Tant pis pour les investisseurs de la première heure qui avaient plus cru dans l’avenir du modèle économique des containers que dans l’élevage direct des insectes. Entomo Farm veut dorénavant sous-traiter la maturation des vers à des agriculteurs, adhérents à une nouvelle coopérative créée spécifiquement pour cette activité. Entomo Farm leur fournira les larves, pour les récupérer quelques mois plus tard, afin d’en assurer elle-même la transformation en matières premières et leur commercialisation.

J’ai identifié 3 risques de formation de grumeaux qui rendront difficile la viabilité du projet au-delà de la très belle histoire, scriptée au mot près, racontée par un Grégory aussi bon acteur que son ancien et célèbre confrère, Stéphane Plaza.

Risque de formation de grumeaux #1 : La future rentabilité promise n’est pas démontrée

La rentabilité est prévue pour décembre 2019 mais nous sommes encore dans une phase de production artisanale et les milliers de tonnes de farine produites annoncées nécessiteront une chaîne de production automatisée qui n’existe pas aujourd’hui. Comment alors connaître le coût de production à la tonne ? deuxième inconnue, le prix de vente qui sera fonction de l’équilibre entre la demande et l’offre au niveau mondial. Alors, bien malin celui qui pourrait en déterminer le prix dès aujourd’hui, sauf à spéculer… Je ne suis même pas sûr que le tonnage annoncé, soit suffisant pour pouvoir être rentable un jour ou satisfaire ne seraient-ce que les besoins partiels, des 3 principaux fournisseurs occidentaux d’aliments pour poissons, qui se partagent le marché des aquaculteurs : BioMar, Skretting et Ewos.

Risque de formation de grumeaux #2 : Une autre Ynsect pourrait bien perturber les plans d’une Entomo Farm

La start-up française Ynsect créée en 2011 vise exactement le même marché, mais a levé récemment 14,2 millions d’euros auprès du fonds Ecotechnologies géré par Bpifrance, pour construire une usine à Dol en Franche-Comté. Elle devrait pouvoir produire des quantités bien plus importantes, lui permettant d’obtenir des économies d’échelle et d’être ainsi plus compétitive qu’Entomo Farm.

Risque de formation de grumeaux #3 : La commoditisation accélérée et inévitable de la farine d’insectes

La Chine est le premier producteur de poissons d’élevage au monde mais aussi naturellement un exportateur important de farines de toutes compositions pour l’aquaculture. Il vous suffit d’aller faire un tour en Chine virtuelle sur Alibaba, pour vous en rendre compte et observer des prix de vente de 1 à 5 dollars au kilo… Il n’y a pas vraiment de barrières à l’entrée pour produire ces farines dont celles d’insectes. Le risque de surproduction et de chutes des cours sont par conséquence quasi-inévitables sur le plan mondial.

À titre subsidiaire, il ne sera pas facile de démontrer aux autorités françaises, l’application de normes d’hygiène européennes draconiennes, avec une production dispersée chez des agriculteurs et la non contamination par les productions agricoles environnantes et vice versa.

La crise de la vache folle hante encore toutes les mémoires de nos territoires, il ne faudrait pas alors provoquer la crise du Tenebrio Molitor fou.
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