Le péché capital

Don’t you know
They’re talkin’ bout a revolution
It sounds like a whisper
(Tracy Chapman – Talkin’ Bout a Revolution – Août 1988)

Dan Shapiro est un ancien collaborateur de Microsoft et a travaillé un peu plus de deux ans chez Google après le rachat de sa start-up Sparkbuy par l’entreprise de Mountain View, en 2011.

Dan est l’inventeur du jeu de société pour enfants Robot Turtles, qui a collecté 631 230 dollars auprès de 13 765 contributeurs sur Kickstarter en 2014.

Il a créé la start-up Glowforge la même année. Il s’est entouré de 2 vétérans de la création de start-up : Tony Wright et Mark Gosselin.

La jeune entreprise enregistrée dans l’État du Delaware et basée à Seattle, a pour projet de concevoir la Glowforge, une machine laser pour découper et graver tout type de matériaux dont le métal, le cuir, le carton, le tissu, le plastique ou même… des denrées alimentaires.

A l’opposé de Richard Ollier, président de Giroptic, Dan Shapiro avant de commencer sa campagne de Crowdfunding, a procédé à deux augmentations de capital pour financer le développement et la mise au point de la Glowforge et éviter ce qu’il appelle le péché capital du Crowdfunding : être obligé de lever de l’argent après sa campagne de Crowdfunding pour pouvoir livrer ce qui a été promis…

Une première augmentation de capital a eu lieu en février 2015 auprès de 31 business angels, pour un montant total de 1,265 million de dollars.

Une deuxième augmentation de capital a été bouclée en mai 2015, pour une somme de 9 millions de dollars, principalement auprès de deux fonds d’investissement, Foundry Group et True Ventures. Bre Pettis, cofondateur et ancien CEO de MakerBot fabricant d’imprimantes 3D et Jenny Lawton, ancienne CEO de MakerBot ayant succédé à Bre Pettis, ont aussi souscrit à cette seconde levée de fonds.

Dan Shapiro a lancé le 24 septembre 2015 une campagne de Crowdfunding pour financer l’industrialisation de la Glowforge et pouvoir débuter un dialogue avec ses premiers contributeurs, le plus tôt possible.

La machine de découpe laser de base était proposée au prix de 1 995 dollars, soit environ la moitié du futur prix public conseillé de 3 995 dollars.

La campagne de Crowdfunding a atteint son premier million de dollars au bout de 15 heures, ce qui représentait déjà 500 machines pré-vendues.

L’Objectif Financier Minimum était de 100 000 dollars. La Glowforge a collecté 27 907 995 dollars en 30 jours. Oui, vous avez bien lu, presque 28 millions de dollars, pulvérisant l’ancien record de la deuxième campagne de Crowdfunding de la montre connectée Pebble, qui avait collecté 20 338 986 dollars sur Kickstarter en mars 2015. Ce sont plus de 10 000 Glowforge qui ont été précommandées durant cette période particulièrement fructueuse.

Cette ancêtre du Replicator de Star Trek, est toujours proposée en précommandes sur le site internet de Glowforge au 4 mars 2016, mais au prix plus élevé de 2 395 dollars, soit une remise d’environ 40% sur le prix public.

Je vous présente les 5 faits qui sont les plus marquants de cette campagne de Crowdfunding exceptionnelle :

Fait Marquant #1 : Création d’une nouvelle catégorie

Plutôt que de désigner la Glowforge comme faisant partie des machines de découpe laser, Dan Shapiro a créé une nouvelle catégorie, les imprimantes 3D laser, nom beaucoup plus familier pour le grand public.

On n’y trouve bien sûr que la Glowforge, qui dominera naturellement cette catégorie, je le parie, même après l’arrivée de nouveaux concurrents. C’est la prime au premier entrant !

C’est un bon début pour créer une entreprise ayant un potentiel de plusieurs milliards de dollars de chiffre d’affaires comme l’ambitionnent l’entrepreneur et son équipe constituée de multirécidivistes de la création d’entreprise.

Fait Marquant #2 : Une imprimante 3D laser simple à utiliser

Toute la complexité pour l’utilisateur disparaît grâce aux traitements des programmes informatiques logés sur les serveurs distants gérés par Glowforge. L’imprimante 3D laser wi-fi a un seul bouton. Elle est équipée de capteurs et de deux caméras pour assurer automatiquement les calculs de calibrage et de focus avec une précision de 0,05 mm. L’utilisateur peut voir ce qui se passe dans l’imprimante en action, depuis son écran d’ordinateur ou sa tablette. Le micro code présent dans la mémoire permanente de l’imprimante est proposé en licence libre GPL. Sa modification par l’utilisateur est donc autorisée, mais a pour conséquence de terminer immédiatement la garantie de 6 mois ou de 12 mois, selon le modèle choisi.

L’imprimante 3D laser pourrait transformer le dessin du mouton du Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry, en objet découpé dans le matériau de son choix. Le fichier sauvegardé sur les serveurs de Glowforge lui permettrait d’en faire un nombre illimité de copies.

Bref, pour reprendre les 3 mots du jeune poil de carotte en costume de la publicité T.V. de Renault pour la voiture électrique Zoé : C’est simple !

Fait Marquant #3 : Une vidéo de 2 minutes et 58 secondes percutante

S’il existait une catégorie à la cérémonie des césars pour désigner la meilleure vidéo pour une campagne de Crowdfunding, la vidéo de présentation de la Glowforge remporterait certainement le trophée.

La vidéo donne envie d’avoir chez soi cette imprimante en basant le scénario non pas sur ses fonctionnalités mais sur les nombreux objets que vous pouvez concevoir avec elle.

L’imprimante 3D laser de Glowforge est très photogénique. Elle a un design épuré qui tranche avec celui de ses concurrentes ressemblant à des machines-outils, que l’on trouve habituellement plus, dans un environnement industriel qu’à son domicile. La Glowforge est d’un blanc immaculé qui ne ferait pas rougir de honte, la célèbre entreprise au logo à la pomme.

La vidéo a été mise en ligne le premier jour de la campagne de Crowdfunding et a déjà totalisé plus de 2 700 000 vues début mars 2016 !

Fait Marquant #4 : Une communauté existante

Nous sommes entrés dans la civilisation des makers où utiliser un objet que vous aurez fait vous-même, se substituera de plus en plus au produit industriel équivalent, conçu à des milliers de kilomètres de son lieu de consommation.

Les premières manifestations de cette révolution sont l’ubiquité des imprimantes 3D, des ateliers qui les mettent à disposition du grand public et des différentes foires organisées, dont la plus célèbre en France est la Maker Faire de Paris initiée par Berthier Luyt.

Mais ces imprimantes 3D ont trouvé leurs limites auprès du grand public, malgré des prix de plus en plus abordables de quelques centaines d’euros. Le fossé en terme de valeur d’usage est encore trop grand, entre l’objet en plastique sorti de l’imprimante 3D, et son original fabriqué en série dans une usine chinoise.

Le seul réel débouché de ces imprimantes 3D, est pour l’instant la réalisation de prototypes, avant la production en grande série. C’est plus un usage d’expérimentation que de substitution. Les objets ainsi réalisés, dans un plastique peu agréable à l’odeur et au toucher, restent le plus souvent dans un tiroir, et n’ont pas réussi à s’insérer dans notre vie quotidienne, comme espérés par leurs promoteurs enthousiastes.

La Glowforge pourrait bien concurrencer ces premières imprimantes 3D, car elle permet de créer des objets de votre vie de tous les jours, avec des matériaux familiers et agréables.

Fait Marquant #5 : Kickstarter hors jeu

Glowforge a conçu un site web pour gérer toutes les étapes de sa campagne de Crowdfunding. Ces développements ont été confiés à une société extérieure Deltasys, qui a utilisé WordPress.

Grâce à un simple formulaire disponible sur le site web de Glowforge dès janvier 2015, 10 000 personnes ont volontairement laissé leur adresse e-mail pour être tenues informées du lancement de la campagne de Crowdfunding.

Deltasys a créé une application spécifique pour gérer les précommandes en y intégrant un programme de parrainage efficace.

Ce programme d’affiliation a été totalement intégré au système de gestion des précommandes. Après avoir précommandé son imprimante, l’acheteur reçoit un lien personnel qu’il peut communiquer à son réseau afin d’offrir une réduction de 100 dollars à tout nouvel acheteur qui clique sur cette adresse web. Pour tout achat d’une imprimante utilisant ce lien unique, le prescripteur reçoit également 100 dollars. Le nouvel acheteur bénéficie à son tour de ce système et cela créé un cercle vertueux pour augmenter le nombre de précommandes. Tony Wright, cofondateur de Glowforge, a déclaré que ce système magique serait à l’origine de 30% des précommandes. Ce n’est pas surprenant car chaque client se transforme potentiellement en un commercial de l’entreprise, rémunéré 100% à la commission.

Un forum a été créé à partir de WordPress et de Discourse, permettant à tous ceux qui ont précommandé l’imprimante de s’y inscrire. Cet outil, en plus des échanges entre membres, permet à Dan Shapiro de tenir informée sa communauté de futurs utilisateurs et de dialoguer avec elle. Vous pouvez lire les messages du forum sans y être inscrit.

Glowforge a économisé les 1 395 399 dollars de commissions qu’aurait prélevé Kickstarter, pour un total collecté de presque 28 millions de dollars.

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