Le Dîner de cons taille XXL au milieu du désert du Nevada

Le CES est « THE show » annuel de début janvier, qui dans un rituel bien orchestré depuis 1967, réunit à Las Vegas l’ensemble (ou presque) des fournisseurs de technologies grand public de la planète. Ses allées sont strictement réservées aux pas pressés des paires de chaussures connectées ou pas, de ses propriétaires qui sont tous des professionnels.

Futurs millions d’utilisateurs fantasmés des milliers de merveilles en silicium présentées, merci de rester sagement dans votre casino préféré si vous êtes de passage à Las Vegas à ce moment là, les enfants, grands ou petits y sont interdits.

De nombreuses aides financières publiques sont disponibles en France, pour alléger la lourde facture des m2 loués afin de permettre à un maximum de start-up d’y participer.

Depuis la création du label French Tech en 2013, ce nombre est en forte augmentation. Olivier Ezratty auteur chaque année d’un rapport détaillé et complet sur le sujet, a comptabilisé dans un tweet du 3 janvier 2017, 310 entreprises françaises participantes à son Ezratomètre.

Bon ok, c’est un petit peu moins que les 1 300 exposants chinois et plus recensés par la BBC 😉. Mais est-ce que le nombre est finalement le bon indicateur ? C’est ce que je vous propose de voir ensemble maintenant.

Cet évènement mondial est organisé par la Consumer Technology Association (CTA) et son maître de cérémonie pour cette 50ème édition est encore Gary Shapiro. La CTA est aussi une association de lobbying qui produit des rapports et participe à l’établissement de standards comme celui de votre écran plat.

Pour être forte de ses 2 200 membres et plus, elle a développé une offre low cost d’adhésion annuelle à 95 dollars pour les start-up born in USA, qui font moins d’un million de dollars de chiffre d’affaires par an.

Ce salon est naturellement composé de poids lourds de l’industrie mais aussi de figurants qui ignorent qu’ils jouent souvent le rôle de cons ou d’idiots utiles. Les premiers y signeront des contrats, les seconds recevront des centaines de cartes de visite, aussitôt remises que périmées, qu’ils pourront ramener en souvenirs avec leur award en chocolat.

Tout cela ressemble à un remake sous forme de super production hollywoodienne co-produite avec l’argent des contribuables français, du film de Jacques Weber, Le Dîner de cons dont le court texte ci-dessous, extrait de sa page Wikipedia résume très bien le sujet :

Pierre Brochant, célèbre éditeur parisien, organise chaque mercredi avec des amis un « dîner de cons » : chaque organisateur amène avec lui un « con », intarissable sur un sujet précis, qu’il a déniché au hasard. Ensuite, les organisateurs se moquent des « cons » toute la soirée sans que ces derniers s’en rendent compte. À l’issue du repas, on choisit le champion.

Cette année, 28 start-up ont été sélectionnées parmi 270 postulantes, sur la base d’un appel à projet organisé par Business France, méga structure de 1 500 personnes qui dépend du Ministère de l’Économie et des Finances.

Les heureux élus ont été sélectionnés par un jury de 13 personnes qui ne comporte aucun créateur de start-up ni de clients potentiels pour ces objets connectés, plus inutiles les uns que les autres. J’aurais aimé y voir le nom par exemple de Henri Seydoux, le créateur de la société Parrot.

Sans surprise, ces start-up ainsi sélectionnées sont encore bien loin des rivages de l’économie réelle et pourront se nourrir des mirages de Las Vegas.

Cette sélection à l’allure d’un concours de la fonction publique territoriale est la parfaite illustration d’une économie entrepreneuriale suradministrée et bien trop dépendante des biberons de subventions publiques et d’avances remboursables… en cas de succès.

Le risque de procéder ainsi est de miser sur des start-up qui ont inventé un objet connecté à dormir debout, sans se soucier de la demande du marché et qui ensuite recherchent un besoin réel à combler. C’est ce qu’appellent les investisseurs, des solutions à la recherche d’un problème.

Fuyez ces créateurs-inventeurs sur les plateformes d’Equity Crowdfunding, ils ne méritent même pas une due diligence approfondie.

Cette façon d’opérer est la meilleure formule pour se retrouver avec des François Pignon et leurs tours Eiffel en allumettes, invendables même dans le Gold and Silver Pawn Shop de la famille Harrison à Las Vegas.

Je suis prêt à faire le pari avec vous cher ami lecteur, que les start-up au futur succès à la Fitbit ne sont pas nécessairement présentes au CES, trop occupées qu’elles sont à chercher de vrais clients et pas des récompenses, symbole de la reconnaissance et de la visibilité éphémères.


Bullshit detector
Le Dîner de cons taille XXL au milieu du désert du Nevada

3 réflexions au sujet de « Le Dîner de cons taille XXL au milieu du désert du Nevada »

  1. Bon, je fais partie du jury du Business France et le fait d’avoir un regard extérieur pour aussi aider pour sélectionner les candidats. On en rejette plein qui ne sont pas dans l’épure comme ces boites qui ne font que du logiciel et n’ont pas grand chose à faire au CES. Bien entendu, il serait bon d’avoir Henri Seydoux dans ce genre de jury mais il n’a pas que cela à faire.

    Le jury comprend aussi Stéphane Bohbot qui est un entrepreneur de longue date, un véritable startuper (Modelabs) et un ancien exposant au CES. On est loin de l’économie administrée que tu dénonces donc !

    Il contient aussi Eliane Fiolet qui est à la fois une entrepreneuse et un média US, avec Ubergizmo. Elle apporte un regard très intéressant pour sélectionner les projets les plus intéressants parmi ceux qui sont candidats.

    Il y a des bugs de la présence que tu peux ajouter. C’est plutôt du côté de la sélection des régions pour Eureka que tu devrais creuser car, pour certaines régions, il y a du grand n’importe quoi avec des startups qui sont des prestataires de services et de conseil déguisés. Ce qui n’est pas le cas de la sélection Business France.

    Quand aux boites qui font du business, tu te méprends. Etre au CES, c’est faire du business. Il y a différentes manières de le faire et de s’organiser. Exemple avec deux leaders actuels qui étaient des startups du CES il y a des années : DJI et Oculus Rift. Il y en a des centaines comme cela. Mais le monde des startups génère des échecs en nombre et tu n’auras effectivement aucune difficulté à creuser dans le cimetière des startups du CES qui ont disparu ensuite. Comme pour n’importe quel autre événement.

    L’autre point à analyser dans la présence française est la notion de plateforme et d’écosystème. Quelles sont les boites françaises qui en ont ? Elles ne sont pas nombreuses. Il y a notamment STMicro etDassault Systèmes. Cela démarre avec Sigfox.

    1. Merci pour ta longue réponse Olivier même si nous ne partageons pas la même opinion sur le rôle d’un Etat qui AMHA devrait être plus stratège que tactique dans ses actions pour orienter l’économie entrepreneuriale. Pas moins d’Etat mais mieux d’Etat.

      Le patron du CES Gary Shapiro a écrit dans son livre « Ninja Innovation » page 65 : « France has a terrible record of trying to anticipate technology and pick winners and losers. »

      Je pense que Gary a brillamnent bâti sa stratégie commerciale vis à vis des régions françaises et de l’Etat sur cette conviction. Le nombre d’exposants qu’il réussit à attirer semble lui donner raison… au moins pour le plus grand bénéfice du CES.

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