Le créateur disparaît avec ses dollars

Sur Internet, personne ne sait que vous êtes un chien (Légende d’un dessin de Peter Steiner – The New Yorker – 5 juillet 1993)

J’ai un ami depuis presque 30 ans, Georges Vaccaro, qui est le dirigeant d’Adviabilis, un cabinet de gestion des ressources humaines à Toulouse. Adviabilis signifie en latin accessible, ce qui est un nom très pertinent pour une activité de consultants.

Depuis plus de 8 ans, son cabinet est spécialisé dans le recrutement de cadres pour l’industrie aéronautique et spatiale. Rien de plus naturelle comme spécialité, dans la ville dont le cœur économique bat aux rythmes des annonces régulières des nombreuses réussites techniques et commerciales d’Airbus Industrie.

Airbus est aux toulousains ce que Boeing est aux Seattliens ou Bombardier aux montréalais.

Georges traite des dizaines de candidatures motivées pour chaque offre d’emploi que Airbus ou un de ses sous-traitants lui confie.

Je l’ai questionné récemment pour savoir comment il procédait pour sélectionner des candidats à partir d’un simple C.V.. Je m’interrogeais pour savoir si son expérience pourrait s’appliquer aux créateurs des campagnes de Crowdfunding.

Après un premier tri, Georges a un entretien téléphonique avec chaque candidat sélectionné d’une durée de 20 minutes environ. Georges a un art inné pour alterner questions ouvertes et longs silences, afin de mieux écouter les réponses fournies par les postulants.

Cela permet à notre maître Jedi du recrutement, de valider ou non les affirmations écrites de chaque demandeur sur son parcours professionnel.

Avec le Crowdfunding, l’attention de la majorité des contributeurs potentiels se porte beaucoup plus sur l’objet désiré que sur la bio auto déclarative du créateur, publiée sur la page de son projet.

Plus un objet proposé est cool, plus c’est vrai.

Alors quand l’objet convoité permettait de transformer votre salon en boîte de nuit, les Foules sentimentales ont cru sur parole son créateur, comme hypnotisées par les millions de couleurs de son ampoule magique.

La LightFreq était une ampoule à LED, Bluetooth et wi-fi, intégrant un haut-parleur de 5 watts, pilotée par votre smartphone pour régler les couleurs ou l’intensité lumineuse, diffuser de la musique ou même servir comme un interphone.

La LightFreq a collecté à la fin de sa campagne de Crowdfunding de 30 jours sur Kickstarter, le 4 septembre 2014, 275 882 dollars auprès de 1 659 contributeurs.

L’Objectif Financier Minimum était de 50 000 dollars. Cette campagne a été un grand succès en récoltant un peu plus de 5 fois et demi ce montant.

Devon, le créateur américain de la LightFreq n’avait indiqué sur la page de sa campagne de Crowdfunding, que cette courte description de lui et son équipe, en utilisant la troisième personne pour se présenter :

Devon et son équipe Rob, Colin et Deonte ont une expérience importante dans les domaines de la musique, de l’engineering, de la programmation, du design et du développement d’applications. Avec des diplômes de Purdue, de l’État de l’Arizona, de l’État de Cleveland et d’écoles techniques, ils réunissent beaucoup d’éducation et d’expérience.

Vous avez noté que les noms de famille des membres de ce quatuor n’étaient pas communiqués…

Les ampoules devaient être livrées à leurs contributeurs en novembre 2014. Au 26 décembre 2015, aucune LightFreq n’a été reçue et ses contributeurs sont laissés dans une obscurité la plus totale et silencieuse.

Devon s’est envolé avec ses dollars comme dans un mauvais remake du film Prends l’oseille et tire-toi réalisé et interprété par Woody Allen.

Le 29 octobre 2015, Ben Woods, rédacteur en chef du média en ligne The Next Web pour l’Europe, a écrit un article sur le créateur de la LightFreq. Nous découvrons que son identité complète est Devon Alli et qu’il aurait un casier judiciaire chargé après avoir commis plusieurs escroqueries antérieures à sa campagne sur Kickstarter.

Ben avait écrit au tout début de la campagne sur Kickstarter de la LightFreq, comme l’ensemble de ses confrères, un premier article très élogieux sur l’ampoule hypnotisante.

Le créateur de la LightFreq a forcé le destin en lançant une deuxième campagne de Crowdfunding, sur la plateforme concurrente Indiegogo, pour la LightFreq Square 2 en juin 2015 qui a collecté 75 445 dollars…

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