La guerre des robots pour combattre l’autisme aura-t-elle lieu ?

Deux jeunes diplômés Bac+5 de l’École de Biologie Industrielle de Cergy-Pontoise, Ladislas de Toldi et Marine Couteau, ont créé la société par actions simplifiée Leka, au capital de 6 606 euros, le 25 novembre 2014 à Paris. Le code activité de la société est 3240Z ce qui correspond à Fabrication de jeux et jouets. Ladislas, actionnaire majoritaire, en est le CEO et Marine, actionnaire par conséquence minoritaire, la directrice de la R&D.

Depuis avant même la date de création de leur start-up, le duo essaye de mettre au point le Leka, un jouet robot ayant une forme sphérique de 18 centimètres de diamètre et positionné pour être le compagnon social des enfants autistes, en leur proposant des activités ludiques destinées à stimuler l’ensemble de leurs fonctions sensorielles. Le jouet ne sera pas bon marché, il faudra compter 1 490 dollars l’unité plus un abonnement mensuel de 50 dollars pour les particuliers, quand il sera enfin disponible à la vente.

Entre le 3 mai et le 3 juin 2016, Leka a mené une campagne de Crowdfunding en anglais sur la plateforme Indiegogo, pour financer la fabrication de son jouet robot. En un mois de campagne, 91 000 dollars ont été collectés, ce qui représente un peu plus de 200 robots à fabriquer et à livrer, proposés avec une remise de plus de 50% sur le futur prix public. La date de livraison initiale était prévue au printemps 2017, puis a été reculée une première fois à l’automne 2017 et une seconde fois à juin 2018. Rien de surprenant puisque Indiegogo n’oblige pas, à la différence de Kickstarter, les créateurs à disposer d’un prototype fonctionnel prêt à être industrialisé.

Attention, tout cet argent collecté n’est pas du chiffre d’affaires mais est l’équivalent d’une dette vis à vis des contributeurs, qu’il faudra bien honorer un jour, the sooner the better!, pour ne pas perdre définitivement leur confiance.

En juin 2016, Leka a fait également une première campagne d’Equity Crowdfunding sur la plateforme française Sowefund. L’entreprise avait atteint et obtenu un financement à hauteur de 74% de son objectif de 600 000 euros.

Nous sommes au début juin 2017 et Leka termine dans les prochains jours, une deuxième campagne d’Equity Crowdfunding, toujours sur Sowefund, avec un objectif de 400 000 euros. Ce nouvel argent frais doit permettre aux deux cofondateurs, de prendre le temps de choisir avec soin, des investisseurs principalement américains, qui apporteraient les 3 millions d’euros nécessaires, pour financer la future industrialisation made in France du Leka.

L’offre du Leka va être très très difficile à défendre, voir impossible à justifier à mon humble avis, auprès des futurs clients qui devront payer le prix fort :

– Pour les particuliers, ce sera trop cher avec un marché où les jouets robots sont déjà légion et où le plus célèbre d’entre eux, le Sphéro Star Wars BB-8, lui aussi de forme sphérique, est proposé à moins de 120 euros ttc sur amazon

– Pour les professionnels, le positionnement thérapeutique défendu oralement avec un talent certain par Ladislas ne suffira pas. Il s’agit juste d’un discours marketing teinté d’une très forte charge émotionnelle à destination des parents de ces enfants exceptionnels, selon la terminologie Novlangue de ses concepteurs. Le jeune CEO ne nous met à disposition aucune étude scientifique pour étayer sa présentation à la mode américaine devenue caricaturale de TEDxParis.

Le concurrent le plus redoutable du Leka est certainement le robot humanoïde NAO né en 2006 et haut de ses 58 centimètres, bien que d’un prix d’environ 6 000 euros. Il a des effets positifs sur les enfants autistes prouvés scientifiquement, dans le cadre d’un accompagnement par des éducateurs. Alors l’écart de prix, surtout pour des institutions, ne devrait pas poser de problème. C’est le prix à payer pour avoir des résultats tangibles garantis.

Je vous invite à découvrir le rapport du programme Rob’Autisme publié en 2016 sous la conduite du docteur Sophie Sakka, titulaire d’une thèse de doctorat en robotique en 2002. L’expérimentation a eu lieu au CHU de Nantes entre 2014 et 2016. Ses conclusions rendent indirectement obsolète le robot Leka sans avoir besoin de le citer nominativement. Ici le robot n’essaye plus d’être le compagnon démagogique de l’enfant mais son extension, afin de lui donner des occasions de communiquer avec son environnement de manière naturelle. Le programme a mis au point un protocole de 20 séances documenté à destination des professionnels.

Leka en suédois veut dire jouer mais il faut renverser le e accentué par le bas de la marque Leka pour le transformer en läka, ce qui signifie alors guérison. Mais il faudra sans doute plus qu’une marque astucieusement stylisée, pour imposer le Leka sur le marché professionnel de la santé déjà occupé par le robot franco-japonais NAO
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