Klaxoon vient de se faire plate-formisée par Microsoft et perso, quoi qu’en disent les medias, je ne suis pas sûr que ce soit une si bonne nouvelle que ça pour la start-up rennaise…

Au départ, il y a la SAS Groupe Regards créée le 21 avril 2009 au capital de 850 497 euros et dont le président est depuis le 15 septembre 2009, Matthieu Beucher. Les rares derniers chiffres publiés du Groupe sont ceux de 2014, avec un chiffre d’affaires de 3 062 300 euros pour un résultat net positif de 298 300 euros.

La SAS agit, au-delà de sa stricte définition juridique de holding et d’après son site Internet, aussi comme un organisme de formation et un studio de réalisations multimédia.

Klaxoon est une SAS à actionnaire unique constitué du Groupe Regards, créée le 23 décembre 2014 et au capital de 12 753 826 euros. Le président est le Groupe Regards, donc toujours Matthieu Beucher.

La SASU a annoncé avoir levé 50 millions de dollars le 31 mai 2018 dans une série B, sous la responsabilité de Idinvest Partners, ce qui fait un total de 55,6 millions de dollars collectés depuis le début, d’après Crunchbase. L’effectif toujours en très forte progression est d’environ 200 personnes aujourd’hui dispersées entre Rennes, Lyon, Paris et New York.

À l’image de sa concurrente française Magency/Sparkup, elle a développé une suite d’applications Web, qui prises séparément, ne présentent aucune grande originalité, pour animer vos réunions et les rendre plus interactives, plus participatives, moins boring en quelque sorte. Tout cela à base de QCM‘s, de quiz, de nuages de mots et de l’équivalent de Post-it numérisés à la Framemo. Le tarif, fonction du nombre d’utilisateurs, est à partir de 19 euros hors taxes par mois et par personne.

La principale innovation serait d’avoir unifié l’interface utilisateur en regroupant toutes les activités proposées.

Cette impression de déjà vu est partagée dans ce court extrait de l’article de Sydologie consacré aux outils Klaxoon.

En matière d’activités, il faut bien avouer que Klaxoon ne propose rien de bien transcendant : on peut retrouver la même chose chez Kahoot, Socrative, PollEverywhere, etc. Par contre, Klaxoon a l’avantage de centraliser tous ces outils dans la même interface.

À l’origine prévue naturellement pour la formation, Klaxoon a habilement élargi son audience, des grandes entreprises du CAC 40 aux PME, en passant par des consultants indépendants, tous plus ou moins allergiques aux présentations réalisées avec PowerPoint.

Utiliser la suite Klaxoon ne nécessite pas forcément une connexion Internet. La Klaxoon box agira alors comme un serveur générant son propre réseau Wi-Fi, afin de vous faire bénéficier de toutes les possibilités offertes.

J’ai relevé 7 similitudes entre Klaxoon et l’Auberge de la Mère Poulard installée au cœur du Mont-Saint-Michel dans le département voisin de la Manche (50). 😉

Similitude #1 : Chacune est dans son genre un symbole de la France, l’une de la tradition culinaire française et l’autre de l’excellence supposée de la French Tech avec la détention de son pass magique.

Similitude #2 : Les 2 organisations ont choisi un lieu touristique pour bénéficier d’un nombre important de chalands. D’un côté le Mont-Saint-Michel et de l’autre, un premier concept store dans le quartier de l’Opéra, 67 rue Richelieu exactement, derrière une porte cochère juxtaposant le restaurant Le Bijou de Famille.

Similitude #3 : Toutes les deux utilisent des ingrédients simples, non exclusifs et très facilement disponibles.

D’un côté des œufs et de l’autre, des activités classiques commoditizées à l’excès et que l’on retrouve notamment dans toutes les applications de e-learning.

Similitude #4 : Elles ont développé un savoir-faire certain dans l’art du battage sans fin, qu’il soit au premier degré ou de nature marketing, afin de faire mousser au maximum leurs offres respectives, à base d’œufs ou de QCM’s.

Quand vous utilisez des éléments basiques aussi faciles à trouver, pour vous différencier, vous devez développer une activité de battage qui vous soit propre.

C’est ce qu’a noté Olivier Ezratty dans son Rapport CES 2018 :

Klaxoon dévoilait un nouvel outil de travail collaboratif pour les entreprises. Quel rapport avec le marché grand public ? Je n’ai toujours pas compris. Mais cette startup sait au moins créer l’animation sur son stand, c’est déjà ça !

et qu’Olivier avait déjà observé dans son Rapport CES 2017 :

La star-tup Klaxoon venue en force avec plus d’une dizaine de personnes au CES, sur Eureka, qui se faisaient remarquer à la fin du salon de manière plus que bruyante.

et même constat encore, dès son Rapport CES 2016 :

L’équipe était facilement reconnaissable avec ses tee-shirts, un truc marketing simple et économique pour une startup.

Similitude #5 : Les 2 manipulent un outil simple pour faire du bruit autour d’elles et ainsi se faire entendre. Elles n’oublient pas à juste titre que nous sommes bien entrés dans l’Économie de l’attention.

La première utilise un klaxon jouet type Baghera dont disposent individuellement tous ses employés dès qu’ils sont en représentation dans des salons et autres lieux fréquentés par le grand public.

La deuxième manie le fouet de cuisine professionnel qui frappe en continu le récipient contenant les œufs pour les battre afin de réaliser la célèbre omelette. Ce vacarme permanent est une véritable marque de fabrique sonore, audible par tous les badauds affamés, passant devant la vitrine de l‘Auberge.

Similitude #6 : Les deux entreprises cultivent un goût prononcé du secret concernant leurs résultats financiers.

Klaxoon ne publie aucun chiffre et il sera difficile de savoir si son chiffre d’affaires se rapproche de la bonne PME traditionnelle ou plus modestement de la brasserie rennaise. De toute façon, elle a collecté tellement de millions de dollars, qu’elle peut se permettre que cela ne soit pas sa première préoccupation à court terme.

Derrière l’Auberge de la Mère Poulard, on retrouve une SAS MSM 1888 au capital de 78 millions d’euros basée à Paris et dont la présidence est assurée par une société holding en commandite par actions, EV8, dirigée par Éric Vannier. Aucune de ces deux dernières sociétés ne publie ses comptes non plus.

Similitude #7 : Les deux ont besoin d’une main-d’œuvre qualifiée importante pour assurer la fabrication, ici de l’enrichissement de ses applications, de leur commercialisation, de la formation des utilisateurs et là de la préparation de ses omelettes, jusqu’à leur cuisson et enfin leur service à l’assiette.

Échangerait 10 lignes de code microsoftiennes contre l’équivalent de 1 000 lignes klaxoonées dans la presse écrite et audiovisuelle…

Matthieu Beucher a fait le tour des médias le 7 novembre 2018, du plateau de Sébastien Couasnon sur BFMTV au quotidien Le Figaro, pour célébrer l’accès direct à Klaxoon depuis la plate-forme de travail en équipe Microsoft Teams, réservée aux seules personnes disposant d’un compte Office 365, si j’ai bien compris. 😉

Pourtant, ÀMHA, Klaxoon vient juste de se faire plate-formisée par Microsoft en intégrant  tout simplement quelques lignes de code via une API microsoftienne et ce n’est pas forcément une bonne nouvelle pour 7 Raisons Principales.

Raison Principale #1 : Klaxoon devient, qu’elle le veuille ou non, une simple feature optionnelle à l’intérieur de la plate-forme Teams de Microsoft, lui ôtant de facto toute velléité d’en devenir une elle-même à son tour.

Raison Principale #2 : J’en suis désolé pour Klaxoon mais Microsoft est un maîtresse exigeante et polygame qui collectionne les nouvelles aventures sur sa plate-forme. Ce sont plus de deux cents applications qui auraient déjà rejoint Teams, à la date de l’annonce de Klaxoon.

Raison Principale # 3 : Comme l’illustre involontairement cet extrait du communiqué de presse réalisé par Klaxoon pour l’occasion, dans un pur style gobbledygook, les deux sociétés sont des concurrentes en puissance à terme, sur le marché du travail collaboratif, en employant les mêmes deux mots, que j’ai mis en gras pour les besoins de ma démonstration.

Désormais, les utilisateurs de la plateforme Teams de Microsoft (conçue pour le travail d’équipe et qui regroupe des fonctionnalités de partage et édition de documents, visio-conférence, ou messagerie instantanée) pourront accéder plus simplement à toute la suite d’outils de Klaxoon, le spécialiste du travail en équipe, comme les Brainstorm, Quiz, Sondage ou Challenges qui améliorent radicalement l’efficacité des réunions.

Raison Principale #4 : Pour illustrer toute « l’importance » que Microsoft donne à cet accord, elle n’a publié aucun communiqué de presse à ma connaissance, que ce soit depuis sa filiale française ou de son siège social de Seattle…

Raison Principale #5 : Le passé s’écrivait peut-être avec les entreprises du CAC 40 pour Klaxoon mais le monde du travail change avec le développement de la gig economy. En 2016, Microsoft a raté l’opportunité proposée par son VP Qi Lu, qui a quitté depuis l’entreprise, de racheter la concurrente de Teams, Slack, pour 8 milliards de dollars, pourtant beaucoup plus KISS (un simple émail pour y inscrire chaque membre d’une équipe même externalisée suffit).

En ce dernier trimestre 2018, Klaxoon a loupé la possibilité de s’associer avec Slack en lieu et place de Microsoft

Dommage car avec la montée en puissance des équipes distantes, agiles et des indépendants, je crois que mon outil préféré sans chichis, c’est Slack qui colle mieux à son époque.

Raison Principale #6 : Je ne sais pas si la data constitue le nouvel or noir du XXIe siècle, mais si j’étais à la place de Matthieu Beucher, je ne laisserais pas l’opportunité aux clients de Teams de stocker leurs usages avec Klaxoon dans Microsoft Azure.

Il y a 3 phases dans le travail collaboratif : l’avant-réunion, la réunion et l’après-réunion. Teams maîtrise déjà la première et la troisième, Klaxoon est positionnée sur la réunion elle-même.

Ce serait un jeu d’enfant pour Microsoft de copier les ingrédients et leur dosage précis de la recette de Klaxoon si nécessaire, ce qui ne ferait que correspondre à leur stratégie telle qu’affichée par Carole Benichou, directrice de la division française de Microsoft 365, le 7 novembre 2018, dans un tweet de Microsoft France.

Aujourd’hui le travail en équipe infuse notre quotidien. Avant, pendant et après les réunions, pour faciliter la collaboration, nous avons créé Microsoft Teams.

Raison Principale #7 : Je ne suis pas sûr que la spécificité de Klaxoon faite à base de t-shirts roses et de coups de Klaxoon répétés de ses équipes, soit réellement transposable dans l’univers aseptomatisé de la plate-forme collaborative Teams.

Que restera-t-il fin 2019 de cette collaboration ? Combien de nouveaux utilisateurs actifs quotidiens pour Klaxoon venant directement de Teams ?

Imagine-t-on un seul instant l’omelette de la Mère Poulard proposée avec le même succès et surtout la même saveur, par Mac Donald ?

En attendant, Klaxoon nous donne rendez-vous au Centre Georges Pompidou, de 18 heures à 22 heures, le 20 novembre prochain, pour un très long nouveau coup de Klaxoon #CantWait #TheMeetingRevolution #KlaxoonPompidou.

Plus de 2 000 personnes s’étaient déjà inscrites 4 jours avant la date de l’évènement d’après un de leurs tweets.

Tout ceci étant écrit, ma note Kchehck pour Klaxoon est B+ et aurait même pu être A+ si je n’avais constaté quelques faiblesses du Modèle Économique (concurrence importante et accord avec Microsoft 😉).

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Klaxoon vient de se faire plate-formisée par Microsoft et perso, quoi qu’en disent les medias, je ne suis pas sûr que ce soit une si bonne nouvelle que ça pour la start-up rennaise…

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