Ffly4u, le petit VAR toulousain qui voulait avaler un troupeau mondial de bœufs !

Ffly4u est une SAS au capital de départ de 3 110,11 euros, créée le 1er juin 2015 à Toulouse par Olivier Pagès, ancien spécialiste de la location de palettes en plastique recyclé et Philippe Lefaure, spécialiste de l’électronique de tracking embarquée. La présidence est assurée par la SARL Pages and Co.

Philippe Lefaure n’apparaît pas dans l’organigramme officiel de la société.

Attention à ne pas vendre la peau de l’ours occitan avant de l’avoir tué

Le dernier chiffre d’affaires rendu public de Ffly4u est celui de l’exercice 2017 soit 89 200 euros pour un résultat négatif de 612 400 euros.

On dépasserait dangereusement et symboliquement le million d’euros de pertes sans

des immobilisations immatérielles comptabilisées pour un montant de 278 400 euros,

des créances en cours inscrites à l’actif pour 182 400 euros, soit plus de deux fois le chiffre d’affaires annuel !

80% du montant de toutes les futures créances issues d’un contrat sur plusieurs années et cédées par forte anticipation à une société de crédit bail, est transformé ainsi immédiatement en cash. La méthode comptable dite de l’avancement semble être pratiquée et optimisée ici avec un excès d’optimisme sur le moyen terme…

Le résultat négatif 2017 avant toute opération de ravalement de façade serait plus proche des 1 073 200 euros (612 400 + 278 400 + 182 400), voir plus en intégrant les futurs coûts inhérents à l’exécution d’un contrat aux seuls revenus anticipés !

Ffly4u aurait ensuite réalisé un chiffre d’affaires de 350 000 euros en 2018 et viserait 1 million d’euros en 2019 mais son patron rêvait déjà d’1,8 million d’euros en 2018 dans une vidéo de Wiseed publiée le 28 mars 2018 sur Youtube.

Ffly4u intègre dans son offre commerciale, un boîtier à son nom conçu par LDL Technology, la propre entreprise de son actionnaire associé cofondateur Philippe Lefaure. Le traceur se fixe d’une manière ou d’une autre sur l’actif industriel mobile à espionner. Le coffret contient un certain nombre de capteurs standards aux fonctions de GPS, d’accéléromètre pour détecter les mouvements ou les chocs et de baromètre/thermomètre afin de surveiller le taux d’humidité ou le respect de la chaîne du froid.

L’objet connecté est muni d’une antenne facilitant l’envoi des informations collectées de manière personnalisée via un réseau tiers à basse fréquence et longue portée économique, Sigfox ou LoRa d’Orange.

Ces données sont ensuite récupérées à distance afin d’être exploitées grâce à la plate-forme logiciel ThingWorx développée par PTC.

Deux choses frappent quand on consulte l’organisation de l’entreprise. D’abord l’effectif constitué très très majoritairement d’ingénieurs (11 sur un total de 14) et surtout c’est l’absence totale de vendeurs.

Il y aurait uniquement en support Laurie, Responsable de la partie communication, marketing et relation clients.

J’ai trouvé pourtant une définition qui colle parfaitement à l’ADN de l’activité de Ffly4u

A value added reseller (VAR) is an independent business or vendor employed to enhance original equipment manufacturer (OEM) product. VARs purchase OEM product to provide turnkey and/or customized solutions to end users.

Bref, ici les 3 fournisseurs d’OEM sont LDL Technology, Sigfox et PTC.

ÀMHA, Ffly4u est donc un VAR ou Revendeur à Valeur Ajoutée qui voudrait gommer le mot Revendeur. Elle préfère jouer à la start-up, incarnée par un boss qui veut avant tout, rester seul maître à bord, vis à vis de ses prospects et de sa poignée de clients en cours.

Pour l’instant, c’est même surtout un VAR spécialisé dans la connexion de tourets ou rouleaux géants de câble Nexans pour son client Enedis, anciennement ERDF.

À travers quelques projets de suivi à distance d’autres types d’actifs mobiles, souvent encore au stade du pilote, Ffly4u essaye d’élargir le spectre de débouchés commerciaux segmentés habilement par métier.

ÀMHA, le petit VAR toulousain ne devrait pas avoir de tels besoins financiers…

Ffly4u est avant tout un prestataire de services informatiques spécialisés qui achète sur étagères ses composants matériels et logiciels OEM pour honorer des commandes déjà reçues. Qui plus est, elle peut anticiper et percevoir immédiatement, l’équivalent de plusieurs années de revenu, grâce à la cession de factures constatées d’avance sur contrat pluriannuel.

Malgré ces grandes facilités de caisse, elle a de plus en plus une soif insatiable de nouvelles liquidités. Avec son faux air d’un François Berléand rassurant, Olivier Pagès n’a eu aucun mal jusqu’à présent, pour convaincre ses investisseurs de lui confier des centaines de milliers d’euros lors de 3 Levées de Fonds

Levée de Fonds #1 : IRDInov a investi en octobre 2015, 700 000 euros (400 000 euros en capital et 300 000 euros en obligations convertibles) contre 32% du capital

Levée de Fonds #2 : En avril 2018, une campagne d’Equity Crowdfunding sur Wiseed a permis de rajouter 500 000 euros. IRDInov et Daniel Benchimol, un business angel, ont en plus remis au pot, pour totaliser 1,2 million d’euros

Levée de Fonds #3 : IRDInov une troisième fois et GALIA Gestion ont apporté en 2019, 1,2 million d’euros pour financer l’intégration d’Intelligence Artificielle et de Machine Learning à l’intérieur du boîtier !

En tout cela ferait 3,1 millions d’euros levés en à peine 4 ans mais l’histoire ne s’arrête pas là…

La prochaine augmentation de capital serait déjà programmée pour 2020, d’un montant pouvant aller jusqu’à 4 millions d’euros d’après l’Agence de Développement économique de l’Occitanie, AD’OCC [PDF].

Tous ces nouveaux millions, à peine sans attendre que l’encre du précédent pacte d’actionnaires ne soit totalement sèche ? On en arriverait presque par s’y perdre faute d’un traceur spécialisé.

à moins que ! (suite)

Il y aurait bien 3 Raisons pour nécessiter cette recherche perpétuelle de nouveaux capitaux

Raison #1 : L’intégration coûteuse d’un bureau d’études constitué d’ingénieurs qui représentent des coûts fixes trop importants en salaires chargés par rapport au chiffre d’affaires réalisé

Raison #2 : La volonté mégalomaniaque de conquête du monde entier, de la Finlande au Japon, n’est pas raisonnable au regard des limites géographiques naturelles de toute société de services

Raison #3 : Les effets du manque plus que criant d’une équipe de purs vendeurs, constituée de chasseurs sachant identifier, définir en détails et concrétiser de nouvelles opportunités sans oublier des éleveurs pour faire signer les nouveaux contrats. Ces killers professionnels devront être prêts à accompagner les clients sur le moyen et long terme

Ffly4u se repose trop sur le simple potentiel de concrétisation très hypothétique des appels d’offre. Dans cette vidéo déjà citée plus haut, le patron comptait ainsi gagner par ce moyen, un contrat en dizaines de milliers d’actifs mobiles potentiels à connecter, d’un industriel du traitement des déchets (Waste Management).

Ffly4u n’a pas communiqué si elle avait fini par remporter ce contrat providentiel…

L’argent levé ne devrait idéalement que financer le temps de commercialisation, qui passe par de longues phases d’expérimentations incontournables.

La valeur réelle de l’entreprise ne sera constituée in fine que par l’épaisseur d’un portefeuille diversifié de contrats actifs et non pas par celle de ses seules enveloppes Soleau.

Ce sera la seule protection défendable contre les moyens colossaux qu’IBM a mobilisé afin de dominer cet immense marché à travers sa business unit dédiée.

IBM is an established leader in the Internet of Things with more than 6,000 client engagements in 170 countries, a growing ecosystem of over 1,400 partners and more 750 IoT patents which together help to draw actionable insight from billions of connected devices, sensors and systems around the world. Building on the company’s USD 3 billion commitment to bring Watson cognitive computing to IoT, in December 2015 IBM announced a USD 200 million global headquarters for its new Watson IoT unit in Munich Germany, bringing together 1,000 IBM developers, consultants, researchers and designers to drive deeper engagement with clients and partners. (Extrait du communiqué de presse commun de Sigfox/IBM du 31 janvier 2019 intitulé IBM revolutionizes container tracking for Groupe PSA with Sigfox – Les mots en gras sont de mon fait)

Je m’interroge s’il n’est pas déjà trop tard pour Ffly4u de constituer cette indispensable force commerciale afin d’éviter de se retrouver au bout du touret.

Les ressources financières mobilisables des IRDInov & Co et leur patience ne seront pas infinies.

À un moment donné, il faudra bien se concentrer sur le véritable chiffre d’affaires réalisé à l’année N et ne pas seulement parler de valorisations entre deux levées de fonds de plus en plus rapprochées.

À la fin d’un interview vidéo publié le 30 mars 2016 par Widoobiz, l’interviewer posait la question à Olivier Pagès où il se verrait dans dix ans s’il avait une boule de cristal

… je suis administrateur non exécutif de ffly4u et je me balade aux 4 coins du monde parce que l’activité sera déployée sur les 5 continents

Visiblement sa boule de cristal n’offrait pas les mêmes perspectives que le Miroir magique de Kchehck aujourd’hui !

 

Share

Ffly4u, le petit VAR toulousain qui voulait avaler un troupeau mondial de bœufs !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *