Devons nous prendre au sérieux les projections financières des start-up ?

Le maréchal prussien Helmuth Karl Bernhard Von Moltke a déclaré au XIXème siècle : Aucun plan de bataille ne survit au contact de l’ennemi.

Nous pouvons appliquer l’esprit de cette affirmation à toutes les projections financières contenues dans les projets présentés sur les plateformes d’Equity Crowdfunding.

Aucune de ces prévisions chiffrées ne résistera longtemps à la dure réalité de la vie post-levée de fonds de n’importe quelle start-up, confrontée aux difficultés du marché visé. Au nom du principe caveat emptor déjà évoqué, il faut savoir prendre toutes les déclarations des créateurs avec un énorme grain de sel.

Quelle peut être la valeur de prévisions chiffrées d’une entreprise qui n’a aucun historique ?

Ces chiffres nous permettent au mieux de percevoir l’ambition des créateurs. Faudrait-il encore qu’ils nous expliquent de manière détaillée, comment ils sont arrivés à ces montants et qu’ils nous donnent aussi la visibilité des moyens précis qu’ils comptent mettre en œuvre pour les atteindre.

Jeff Lynn, cofondateur et CEO de la plateforme britannique d’Equity Crowdfunding Seedrs, en est convaincu : si vous prenez pour argent comptant ces chiffres, alors vous risquez de passer à côté de l’essentiel. Jeff a pris une décision audacieuse en décidant tout simplement de ne pas publier ces projections. Il s’en est expliqué dans un post sur le blog de son entreprise, le 1er août 2012. Je vous en donne un très court extrait laissé en V.O. :

We believe that projections take an investor’s attention away from what really does matter when evaluating an early-stage business: a rigorous evaluation of the idea, the market and the team.

Pour Jeff, ces prévisions n’ont aucune valeur et sont au mieux une distraction et au pire un leurre.

On nous présente généralement des projections à 5 ans, qui suivent toutes plus ou moins, ce joli conte de fée faussement et dangereusement rassurant :

– les années 1 et 2, le chiffre d’affaires sera inexistant et accompagné d’immenses pertes

– l’année 3, l’entreprise grâce à l’apparition d’un chiffre d’affaires suffisant, parviendra à l’équilibre

– les années 4 et 5, la croissance du chiffre d’affaires sera exponentielle et vertigineuse. Les bénéfices dégagés seront exceptionnels.

Chaque demande d’investissement sur Seedrs respecte jusque dans sa présentation, cette triptyque pragmatique définie : description du projet, présentation du marché et composition de l’équipe. Bye bye les prévisions sorties tout droit d’un chapeau de magicien pour endormir la méfiance naturelle des Foules Participatives.

A la fin de l’année 2016, Seedrs a permis de financer 450 projets pour un total de 190 millions de livres. It’s not so bad. Is it?


Bullshit detector
Devons nous prendre au sérieux les projections financières des start-up ?

2 réflexions au sujet de « Devons nous prendre au sérieux les projections financières des start-up ? »

  1. Cette réflexion est valable pour toutes les startups, ces jeunes pousses pour lesquelles le business model n’est pas encore défini.
    De part leur risque lié à l’innovation qu’elles apportent, toute prévision relève plus d’une prédiction de Madame Irma que d’un futur bien envisagé et consolidé.
    Ne dit-on pas que le seul élément sans doute véridique d’un business plan est son nombre de pages ?
    Le risque important fait partie intégrante de l’investissement dans une startup. La seule chose certaine c’est qu’il y a et il y aura de l’incertitude tout au long du développement de cette jeune entreprise.

    Ce qui est le plus important à mes yeux avant tout est que la startup propose une solution à un problème qui existe réellement ; et d’avoir une bonne idée du marché qu’elle adresse par rapport à la cible identifiée. Le second point, hormis l’idée, est dans la force de l’équipe dirigeante qui pourra EXECUTER, c’est-à-dire transformer cette bonne idée en un service ou produit concret.

    Fabien RAYNAUD
    http://www.FabienRaynaud.com

    1. Oui il faut apprendre à apprivoiser/maîtriser/vivre avec cette incertitude et les projections financières sont le Prozac, délivré souvent par des expert-comptables qui ne connaissent rien au business, à des investisseurs tout aussi ignorants, qui veulent ainsi se rassurer…

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