Crowdfunding et le détecteur de conneries

Dans l’panier de crabes, il n’joue pas les homards
Il n’cherche pas à tout prix à faire des bulles dans la mare (Hervé ChristianiIl est libre Max – 1981)

La popularité croissante du Crowdfunding attire de nombreux chercheurs d’or dont les déclarations ont la valeur d’une carte au trésor trouvée à l’intérieur d’une boîte Happy Meal.

Au regard des milliers de campagnes financées qui ne livreront pas leurs contreparties, il est plus que temps d’activer un détecteur de conneries ou en V.O. un bullshit detector. Nous devons débusquer ces aventuriers du Crowdfunding quand ils ont atteint leur Objectif Financier Minimum mais avant que leurs campagnes ne soient clôturées. Après, il est trop tard pour se faire rembourser !

Ce détecteur est une déclinaison du compteur d’énergie PsychoKinétique utilisé dans le film Ghostbusters de 1984, pas le remake de 2016 au casting de chasseuses de fantômes ! J’écris cela sans aucune misogynie, je vous assure, chère amie lectrice cinéphile. 😉

Notre compteur Geiger des contreparties fantômes mesure pour chaque campagne, l’écart entre les promesses des créateurs et la réalité observée. Plus il y a d’écart, moins il y a de chances pour que les contributeurs reçoivent un jour les contreparties promises.

Pour déterminer de manière simple le niveau de conneries d’une campagne, le détecteur a 3 indices de confiance :

Indice de confiance #1 : J’y crois vraiment signifie que vous mesurez aucun écart entre les déclarations des créateurs et votre analyse de la situation.

Indice de confiance #2 : Pourquoi pas montre que vous n’avez rien de particulier à signaler.

Indice de confiance #3 : Impossible signale que vous n’avez pas corrélé les principales déclarations des créateurs avec des preuves tangibles.

L’agrégation de l’indice de chaque détecteur individuel pour une même campagne, offre une prédiction des chances de livraison de ses contreparties. C’est la mobilisation de l’intelligence collective appliquée au Crowdfunding.

Il fallait bien que l’un d’entre nous commence, alors j’ai appliqué le détecteur de bullshit à deux campagnes de Crowdfunding :

Campagne #1 : Krampouezh sur Kengo – Détecteur de bullshit = J’y crois vraiment

Le magazine mensuel Bretons a mis en couverture de son numéro d’avril 2016, une photo en noir et blanc de Yoann Gourcuff accompagnée de cette citation du footballeur originaire de Ploemeur (56) : Comme tous les Bretons, je suis taiseux et pudique.

Si nous sommes entrés dans l’ère des makers, alors je rajoute que les faiseux et taiseux sont certainement les qualités sûres des créateurs de campagnes de Crowdfunding qui tiennent leurs engagements.

Guillaume Sandance est aussi un taiseux et un faiseux. Il est le créateur de Krampouezh, un jeu de cartes qui sent bon la galette de blé noir au beurre salé. Sa campagne de Crowdfunding a duré du 10 août au 30 octobre 2015 sur la plateforme régionale bretonne Kengo. Le jeu avait un Objectif Financier Minimum de 750 euros et a fini par collecter 1 245 euros. La date de livraison du jeu était prévue pour le 30 novembre 2015 ou 4 semaines après la fin de la campagne. J’y avais modestement contribué à hauteur de 25 euros.

Sans faire plus de bruit dans les médias que nécessaire, Guillaume a réussi sa première campagne de Crowdfunding et a tenu toutes ses promesses.

Ma seule surprise fut heureuse en recevant avant la date limite de livraison prévue, mon exemplaire du jeu. J’en avais alors salué la bonne réception par ce tweet :

TRUGAREZ (merci) à Guillaume Sandance et (@Kengo_BZH) ! Bien reçu mon jeu Krampouezh ce matin ! #crowdfunding #breizh 

Le jeu correspondait totalement à son descriptif et donnait envie de s’y plonger comme dans une crêpe au caramel Salidou.

J’ai offert Krampouezh à Christian de Ryck, un ami d’enfance dont l’amitié date d’une première rencontre à l’école primaire publique Saint-Michel à Angers, il y a presque un demi-siècle !

Christian a créé un site web dédié aux jeux de cartes et est membre de l’association internationale de la carte à jouer (IPCS). Je lui laisse le soin de s’exprimer ci-dessous sur ce nouveau jeu de cartes qui complète une collection privée de milliers de jeux, chinés pour certains d’entre eux aux 4 coins de la planète :

Krampouezh par Guillaume Sandance

Krampouezh, c’est « crêpe » en breton comme dans la phrase Bemdez e tebran krampouezh (je mange des crêpes chaque jour). C’est aussi un jeu de 54 cartes conçu par Guillaume Sandance. Afin de payer l’artiste (Anne Tymen) et l’imprimeur, une campagne de financement participatif a été conduite avec succès sur le site Kengo.bzh, la plate-forme de crowdfunding bretonne. Pourquoi avoir choisi cette plate-forme plutôt qu’une autre plus connu et élargir l’audience ? La raison est évidente : ce jeu est très marqué par la culture bretonne et il peut ainsi être en partie financé par la région Bretagne. La demande de financement était elle-aussi très raisonnable et les 72 contributeurs ont permis de dépasser largement l’objectif de 750 €. Heureusement pour moi qui ne parle pas le breton, les libellés et la ou plutôt les règles sont en français. Ce jeu peut se comparer à des jeux comme Sushi Go ou Mamma mia qui sont des petits jeux d’ambiance, avec des règles simples pour des parties courtes. Cinq règles sont proposées : Mémoire 29, Puissance crêpes, Recette à la carte, Course aux ingrédients et Billig party. Selon les règles, certaines cartes sont utilisées, d’autres non. J’ai d’ailleurs oublié de parler des cartes. Il y a 12 cartes numérotée de 1 à 6, 12 ingrédients en trois exemplaires et 6 cartes réversibles, toutes avec des dessins très stylisés, des ingrédients avec un visage souriant et des couleurs franches. Je n’irai pas plus loin dans les règles et je reporte le lecteur au site www.kengo.bzh/projet/krampouezh-le-jeu. Ce jeu est hélas actuellement en rupture de stock et il était vendu 10 € chez l’auteur (guillaumesandance(at)gmail.com). La première édition a été imprimée par MPC à Hong Kong (www.makeplayingcards.com). La seconde sera imprimée à Quimper. Une version miniature tirée à 230 exemplaires a été distribuée aux écoles primaires du Finistère. Et enfin, un nouveau jeu franco-breton (Reaksion) est en préparation. La campagne de financement devrait démarrer en Avril, cette fois sur Kickstarter pour gagner un public plus large.

Campagne #2 : Triton sur Indiegogo – Détecteur de bullshit = Impossible

La société suédoise Tritongills a lancé une campagne de Crowdfunding sur Indiegogo pour vous transformer en poisson rouge. Elle propose des branchies artificielles pour respirer sous l’eau. L’appareil respiratoire portatif est proposé à partir de 299 dollars avec une livraison prévue en décembre 2016.

Cet équipement autoriserait une plongée d’une autonomie de 45 minutes à la condition de ne pas descendre en dessous de 15 pieds, soit environ 4,5 mètres de profondeur.

Dans une première campagne de Crowdfunding sur Indiegogo, Tritongills vous proposait un équipement qui transformait l’eau de mer en oxygène. Ce n’était pas un poisson d’avril mais devant une première vague de scepticisme, la campagne avait été annulée par ses 3 créateurs ou par Indiegogo, après avoir réuni presque un million d’euros.

Ce premier échec n’a pas découragé la start-up d’initier une deuxième campagne, avec cette fois la promesse de vous faire respirer grâce à deux réservoirs contenant de l’oxygène liquide ! Au 15 avril 2016, 937 donateurs de 16 pays ont plongé à hauteur de 374 053 dollars ! L’Objectif Financier Minimum était de 50 000 dollars.

Je comprends que cette offre soit de nature à faire rêver les Foules Sentimentales. Des passionnés de plongée sous-marine et des scientifiques, se sont cependant exprimés, sous forme de commentaires, sur de nombreux médias en ligne, pour douter de la faisabilité technique des contreparties promises.

Je ne crois pas que ces branchies artificielles sortiront des écrans de James Bond ou de la Guerre des Etoiles, au moins dans un proche avenir.

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Bullshit detector
Crowdfunding et le détecteur de conneries

2 réflexions au sujet de « Crowdfunding et le détecteur de conneries »

  1. georges vaccaro dit :

    Bonjour Michel
    peux t on comparer dans le même blog une campagne de crowdfunding pour chercher 1250€ ou 1 million $? ou plus c’est gros mieux ça passe ? laissons rêver les « foules sentimentales ». Autrement bonne idée simple le bullshit detector.
    Bon courage
    Georges

    1. Bonjour Georges,
      Merci pour ton commentaire.
      Le Bullshit detector fonctionne avec toutes les campagnes. J’ai donné deux exemples extrêmes simplement pour tester son fonctionnement. D’après Ethan Mollick déjà cité dans ce blog, les campagnes qui ne tiennent pas leurs promesses sont aux deux extrémités des montants demandés. Donc toute campagne qui atteint son Objectif Financier Minimum peut être passé utilement au détecteur de conneries par chacun d’entre nous. Oui pour rêver mais à condition que ce soit basé sur des faits établis. Les deux ne sont pas incompatibles.

      Michel

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