Comme disait Claude François, « Cette année-là ! » beaucoup de choses se sont passées pour l’industrie française *

Le site repreneurs.com nous informe d’un jugement prononcé le 6 février 2019 qui est passé pratiquement inaperçu, pour ne pas dire totalement, dans l’ensemble des médias en ligne couvrant la vie des start-up

Bescent située à Nantes (44300) a été déclarée en Jugement d’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire par le Tribunal de Commerce de Nantes.

La SAS initialement dénommée Sensorwake a débuté son deuxième mois de redressement judiciaire dans une indifférence médiatique générale et paradoxale, après avoir connu de manière quasi ininterrompue les feux de la rampe.

La start-up a jusqu’au mois d’avril pour trouver un repreneur providentiel. Personnellement je doute des chances de concrétisation de l’opération de sauvetage. Quand on a déjà à son capital Givaudan et que la multinationale helvétique des odeurs n’a pas bougé le petit doigt afin d’éviter cette procédure, ça sent naturellement et définitivement le sapin !

Mais est-ce vraiment une surprise ? Pas pour vous, lecteurs fidèles de ce blog…

Sensorwake avait vu le jour le 22 mai 2015 soit il y a un peu moins de 4 ans. Son cofondateur et CEO, Guillaume Rolland était devenu très rapidement le posterchild de l’entreprenariat au pays du Muscadet, voir de tout l’écosystème de notre Start-Up Nation. Sa médiatisation accélérée avait pour origine sa participation parmi les 15 finalistes au Google Science Fair à Mountain View en 2014, concours international que Guillaume accompagné de sa mère, n’avait pourtant pas remporté.

Google France avait quand même acheté des pages entières de publicité pour célébrer le très jeune inventeur autodidacte, affichant sa photo accompagnée de la légende Google et moi réveillons les gens sans faire de bruit dans le cadre de leur campagne Moteur de réussites françaises réalisée par TBWA.

Sensorwake avait développé un réveil olfactif qui permet en théorie de vous réveiller grâce à une odeur ventilée après y avoir inséré une cartouche contenant des petites billes parfumées par Givaudan. Dans sa 3ème version, le réveil diffusait aussi en secours, de la lumière et des sons pour rendre peut-être plus sûre votre sortie des bras de Morphée. Ce couteau-coucou suisse ne faisait qu’affaiblir ÀMHA la douce promesse séduisante mais néanmoins fumeuse de départ.

Durant la campagne d’Equity Crowfunding de Sensorwake sur la plate-forme Proximea en avril 2016, j’avais écrit

Personnellement je m’abstiendrai d’investir dans Sensorwake

Cette campagne de financement fut un échec mais tout cela n’avait pas dissuadé les fonds Fa Dièse, Pays de la Loire participations, BNP Paribas Développement et le groupe industriel suisse Givaudan, d’injecter bien imprudemment en mai 2017, 1,6 million d’euros dans la start-up.

La promesse de la Faisabilité tu la violeras à tes risques et périls 

Une étude réalisée par Mary A. Carskadon, professeur de psychiatrie et spécialiste du comportement humain, avait démontré qu’on se réveille et ensuite on sent le café, et pas l’inverse… 12 ans avant la naissance de Sensorwake.

Avec Guillaume Rolland, la fabrique de l’ignorance avait battu son plein en affirmant avec aplomb et force de conviction le contraire, à l’occasion de nombreux plateaux et reportages T.V. !

C’est sans surprise que je découvrais ensuite des utilisateurs victimes de sa promesse, à l’image de Titi, qui a publié le 8 janvier 2019 ce commentaire sur Amazon France

Je l ai acheté pour être réveillé par les odeurs mais au bout d une semaine d utilisation , je n ai jamais été réveillé par celle ci .. juste la sonnerie .. ( mon réveil se trouve en face de mon lit , mais à mon grand étonnement je ne sens rien dans la chambre aucune odeur!) je suis déçue

Comment vouliez-vous que Bescent génère un bouche à oreille positif suffisant afin de concrétiser la récurrence éternelle des achats de recharges promise à ses investisseurs ? What else ?

Je pense que le début du naufrage annoncé de Bescent/Sensorwake marquera la fin de la Saison 1 des objets plus ou moins connectés ou pas du tout, conçus sans une validation scientifique externe préalable. Pire, la plupart ont été fabriqués en Chine sans impact positif, doux euphémisme, sur la résorption du déficit chronique de notre balance commerciale qui n’a fait que s’aggraver ces dernières années, soit dit en passant.

Et pourtant, je redeviens optimiste par l’arrivée de la Saison 2, wake-up call de la French Tech. J’ai particulièrement apprécié l’extrait de la déclaration teaser du CEO de BPI France, Nicolas Dufourcq, repris dans un tweet de sa banque, également le 6 février dans une sorte de clin d’œil involontaire de l’Histoire

« On veut faire 1500 startups de #deeptech dans les années qui viennent, elles vont toutes aller vers l’#industrie pour la réinventer. L’objectif de l’année c’est ça, la fusion du coq rouge de la #FrenchTech et du coq bleu de la #FrenchFab » @NicolasDufourcq #SDE2019

Voilà comment la fusion des deux coqs pourrait se traduire en mini plan d’actions pour les start-up de la Deep Tech, encore une fois ÀMHA

– Se saisir des travaux de recherche de laboratoires publics

– Valider la demande du marché au préalable afin d’éviter de courir après de folles chimères

– Mettre au point rapidement des prototypes réellement fonctionnels prêts à être industrialisés en France.

Je n’avais pas particulièrement apprécié la Saison 1 des objets connectés de la French Tech dont le jugement de Redressement Judiciaire de Sensorwake n’était que le dernier avatar. Je pense que la Saison 2 constituera véritablement une opportunité inespérée pour la France, de commencer à renouveler/moderniser/renforcer son tissu industriel Cette année-là !

*  Le titre de ce post est emprunté à un tweet de Nicolas Dufourcq du 5 mars 2019

 

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Comme disait Claude François, « Cette année-là ! » beaucoup de choses se sont passées pour l’industrie française *

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