Bridge under troubled water pour l’ICO de la néobanque Hush…

In the booming world of crypto startups, you dont need a business plan to get rich. You just need an idea, and a coin (Inside the ICO bubble – Gian Volpicelli – Wired UK – mars/avril 2018)

Tout avait commencé avec ce tweet de Louis de Froissard, le 13 février 2018 :

@MichelNizon @lbpatrimoine et si l’on analysait cette #ICO de l’emblématique @EricCharpentier ?

En réponse à Louis le même jour, je lui avais promis en 2 tweets :

Pourquoi pas? Je vais regarder.

Partageons les résultats de notre analyse.

Nous sommes le dimanche 18 février et je vous livre mes résultats qui n’engagent que moi.

Hush est une société anonyme immatriculée au Registre de Commerce et des Sociétés de Luxembourg en septembre 2015 au capital de 84 320 euros sous le numéro B214 535. Son code NACE est 64202 qui correspond à l’activité économique Sociétés de participation financière ou Soparfi.

Son créateur toulousain Éric Charpentier veut tirer profit de son expérience avec Morning, même si elle a tourné court contre son gré. Il veut réunir 10 millions d’euros grâce à son ICO afin de financer avec votre argent, son rêve d’être l’actionnaire principal et d’être le seul maître à bord après Dieu, d’une banque pas comme les autres, appelée de manière hasardeuse Hush.

Selon son fondateur, elle sera :

– une banque à distance accessible via son smartphone vous permettant l’ouverture d’un compte courant avec IBAN et une Mastercard, en respect de toutes les législations en vigueur

– une plate-forme pour acheter et vendre des cryptomonnaies en échange de la monnaie-fiat, sans frais et sans tracas et même en toute transparence pour décourager les nombreux « blanchisseurs » majoritairement russes et chinois

– une plate-forme collaborative et gratuite à la Leetchi pour financer les projets des Hushies

– une plate-forme participative pour donner son avis et décider collectivement de l’évolution des services financiers offerts.

Tout ces services et d’autres en plus vous seront proposés pour une somme forfaitaire de 9,90 euros par mois ou 110 euros pour l’année. Vous pourrez alléger cette facture mensuelle de 50% en réglant avec des tokens baptisés Ush, Hush étant déjà pris pour désigner une cryptomonnaie privée.

Sur le papier blanc du prospectus, tout cela peut sembler rassurant pour les prospects de Hush, qui auraient de toute façon déjà perdu toute confiance envers les banques traditionnelles.

Ces futurs clients ciblés sont idéologiquement convaincus que les banquiers sont tous des banksters depuis la crise des subprimes née aux États-Unis en juillet 2007, suivie de la faillite retentissante le 15 septembre 2008 de Lehman Brothers.

Éric Charpentier veut construire en exclusivité pour ses hushies, un pont à la circulation fluide et transparente entre les services bancaires basiques réglementés et leurs portefeuilles de cryptomonnaies libres pour l’instant de toute régulation contraignante.

Sous ce pont, l’eau est très très très trouble comme je vous propose de le voir ensemble sans plus tarder.

Troubled Water #1 : La pre-ICO de Hush a débuté le 22 janvier 2018 mais la CCSF a émis un second avertissement le 26 janvier, plus détaillé que le premier publié deux mois avant :

La Commission de Surveillance du Secteur Financier (CSSF) avertit le public des activités de la société de droit luxembourgeois Hush (site Internet: www.hush.lu) qui est établie à l’adresse 1 Côte d’Eich, L-1450 Luxembourg.
La CSSF informe le public que la société Hush n’est pas régulée par la CSSF et ne dispose d’aucun agrément pour la prestation de services bancaires et/ou financiers ou de services de paiement au ou à partir du Luxembourg. Quant aux maintes références faites par la société à des notions relevant du secteur financier, notamment à la réglementation bancaire, à des offres de services financiers, à l’ouverture de comptes de paiement, à la protection et la ségrégation des fonds à recevoir ainsi qu’à la préparation d’un dossier d’agrément d’établissement de paiement, la CSSF tient à préciser, qu’à ce stade,aucune information concrète et précise sur les projets décrits par la société et aucun dossier d’instruction n’ont été soumis à la CSSF.
La CSSF n’a pas été consultée non plus par la société quant à la régularité de l’«

ICO» et aucune protection relevant de la réglementation du secteur financier ne peut être assurée pour un éventuel investissement y relatif.

Est-ce un simple hasard du calendrier ou la volonté de l’autorité luxembourgeoise de vouloir peser de tout son poids, afin de décourager les contributeurs potentiels de participer à cette ICO ?

ÀMHA, il sera très difficile pour Hush d’obtenir seule l’agrément d’établissement de paiement européen et en prime la licence d’émetteur de cartes. La position de la CSSF risque bien de faire tâche d’huile dans le reste de l’Europe.

Troubled Water #2 : Un naming hasardeux quand on veut inspirer confiance et que l’on a des ambitions européennes…

Ouch, Éric Charpentier pourrait alors se mordre les doigts douloureusement d’avoir choisi le mot Hush pour désigner sa néobanque :

Hush money is a slang term for a form of bribery, in which one person or party offers another an attractive sum of money or other enticement, in exchange for remaining silent about some illegal, stigmatic, or shameful behavior, action, or other fact about the person or party who has made the offer.

ou cette autre définition plus courte mais pas vraiment plus rassurante :

A payment made to an individual to keep them from disclosing certain information to others. Often illegal.

Avec une telle signification en argot similaire en français à pot de vin, la confiance dans Hush sera très difficilement exportable en dehors de nos frontières franco-françaises et encore…

Troubled Water #3 : La démonstration explicite d’Éric Charpentier de ne pas vouloir s’associer à un partenaire bancaire historique

Je pense qu’il s’agit là de la principale erreur stratégique d’Éric et qu’avec un concurrent direct aussi bien installé en France (150 000 clients revendiqués à fin octobre 2017) et aussi bien financé (86,4 millions de dollars) que le britannique Revolut, sa volonté farouche d’indépendance pourrait être fatale voir suicidaire à son deuxième projet bancaire.

Ce n’est qu’une question de mois avant que les cryptomonnaies ne soient soumises à une réglementation mondiale. Rien n’empêchera alors les acteurs bancaires classiques de les intégrer à leurs offres, si leurs clients sont nombreux à leur demander. Après tout, ce sont ni plus ni moins des commerçants.

C’est ce qu’a très bien compris Mike Hearn, ancien ingénieur chez Google et expert du Bitcoin, cité dans l’excellent livre de Rachel Botsman Who can you Trust? :

So if I have a choice between helping the existing financial system build something better than what they have today that resembles Bitcoin, or helping the Bitcoin community build something worse that what they have today that resembles banking, then I may as well go where the users are and work with the banks.

Éric Charpentier sera alors confronté une seconde fois, en cas de réussite de son ICO, au même dilemme résolu de façon pragmatique par Mike…

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