Alors cette valo de TruRating sur la plateforme d’Equity Crowdfunding Seedrs, foutage de gueule or not ?

I’m Rick Harrison, and this is my pawn shop. I work here with my old man and my son, « Big Hoss ». Everything in here has a story and a price. One thing I’ve learned after 21 years – you never know what is gonna come through that door. (Introduction à chaque nouvel épisode du show T.V. enregistré à Las Vegas : Pawn Stars)

Gabriel Jarrosson, fondateur du club d’investissement privé Leonis.vc a publié ce tweet le 3 septembre dernier à mon attention :

@MichelNizon Hello 🙂 Tu as vu passer cette campagne sur Seedrs à 79M£ de valo ? 😂 Un petit post dominical pour parler du foutage de gueule récurrent niveau valos sur les plateformes de crowd-equity ? 🙂

Je lui ai répondu le même jour :

Non je ne l’avais pas vu. Leur as-tu posé la question pour savoir comment ils justifient une telle valorisation ? Dans l’absolu, rien n’est cher rien n’est bon marché…

Je me suis rendu sur le site Web de Seedrs afin de prendre connaissance de la campagne d’Equity Crowdfunding de TruRating.

TruRating est une société d’une cinquantaine de personnes aujourd’hui, créée en juillet 2014, par un couple de britanniques, Georgina Nelson, ancienne avocate et son mari Christian, économiste de formation, ayant exercé des fonctions de consultant salarié dans plusieurs entreprises. Au bout d’un peu plus de 4 ans, l’entreprise serait présente au Canada, aux États-Unis, en Grande-Bretagne et en Australie, avec un chiffre d’affaires total d’épicier de quartier et encore… 😉

Elle a développé à destination des boutiques et des restaurants, une application en ligne de création de questionnaires à choix multiples ou QCM’s accessibles à partir du terminal de paiement, de préférence Ingenico ou Vodafone, partenariats obligent.

Leur outil numérique permet de recueillir anonymement l’avis condensé et à chaud du client au moment où il paye. Les réponses sont contextualisées avec le détail de l’achat, sauvegardées et analysables à distance à partir d’un tableau de bord chez le client, afin de lui permettre si nécessaire, des actions correctives le plus rapidement possible.

De manière concrète, la synthèse des réponses vous signalera peut-être l’existence d’un mécontentement, mais elle ne pourra pas pour autant vous donner plus de détails sur la nature exacte du problème, ni comment le solutionner. Vous ne serez pas dispensé de faire votre home work en menant votre propre petite enquête…

Est-ce que les clients disent vraiment ce qu’ils pensent sur un commerce, quand ils sont encore à l’intérieur de ses locaux, comme l’affirme TruRating dans sa communication ? 😉

J’ai découvert effectivement que la valorisation est de 79 292 346 livres britanniques exactement, soit environ 88,5 millions d’euros. Ce montant valorise la start-up à plus de 300 fois son chiffre d’affaires de 2017, si on veut essayer de rester rationnel et de bien vouloir mettre les choses en perspective… Cela donne le vertige, non ?

En lisant la partie FAQ, je me suis rendu compte que la question de Gabriel avait déjà été légitimement posée à plusieurs reprises. Le cofondateur de TruRating a répondu publiquement non sans sophisme, que cela s’explique par la valorisation des précédents tours de table…

Dimanche 9 septembre au matin, 1 742 848 livres ont été levées avec un objectif de 1 800 010 livres, auprès de 221 investisseurs dont 5 représentant plus de 80% des fonds collectés et le premier plus de la moitié. Il reste encore 49 jours avant la fin de la campagne. Cette valorisation extravagante n’a donc pas empêché des investisseurs d’être au rendez-vous de la souscription.

J’ai demandé à recevoir le pitch desk disponible. Christian Nelson m’a répondu directement :

Hi Michel, and thank you so much for your interest in TruRating.

I note from your profile, your role – would you mind if I ask what your interest in TruRating is? Are you reviewing an investment or do you see a connection with what you are doing with Kchehck?

All the best and thanks again,

Christian

Je lui ai confirmé positivement sa seconde hypothèse d’économiste, sans rien cacher de mes intentions d’analyse, et il m’a donné ensuite sans retard, l’accès au document sollicité.

Alors cette valorisation, un foutage de gueule comme l’affirme l’ami Gabriel ?

La seule fois où je me suis risqué à faire une prévision en terme de valorisation, c’était avec l’Equity Crowdfunding de Seedrs dans un post du 10 septembre 2017, il y a donc tout juste un an, à un jour près. Merci Gabriel pour cette question d’anniversaire !

Alors je suis prêt à prendre le pari que si dans 5 ans, il ne restait plus qu’une seule plateforme d’Equity Crowdfunding en Europe, ce serait Seedrs,… à moins que Facebook ne la rachète entre temps.

En lisant les articles consacrés à ce nouvel appel aux Foules Participatives de Seedrs dont ce texte, la valorisation pre-money après dilution serait de 40 millions de livres ou 43 859 200 euros au cours du jour.

Est-il possible que dans 5 ans, Seedrs puisse valoir un minimum de 5 fois la valorisation pre-money de 2017, soit un montant de 220 millions d’euros ? Je pense que oui, c’est tout ce qu’il y a de plus probable.

Jeff, je te copie 5 sur 5 !

Est-ce que TruRating pourrait dans 5 ans valoir aussi 5 fois la valo actuelle, soit quasiment un demi-milliard d’euros ? C’est une autre paire de manches 😉. Ma réponse est NON Gabriel, pour les 5 raisons principales suivantes.

Raison Principale #1 : TruRating est addict à une pure Vanity Metric

J’ai l’impression que ses dirigeants ont réussi à indexer la valeur de leur start-up sur le nombre de questions posées via leur système de QCM comme l’illustre entre autres, cette vidéo de célébration/hallucination collective, postée sur Facebook le 11 septembre 2017, à l’occasion du passage des 6 millions. C’est purement et simplement une vanity metric car le revenu de la start-up n’est aucunement basé sur cette « performance » mais sur une redevance mensuelle et forfaitaire, dont le prix public est de 25 dollars par point de vente.

Raison Principale #2 : TruRating n’est pas une application indépendante

ÀMHA, dans le meilleur des cas, TruRating est juste une fonctionnalité supplémentaire, un nice to have rajouté au logiciel du terminal de paiement, plutôt qu’une application indépendante à part entière.

Raison Principale #3 : Les QCM’s sont pauvres par nature en informations directement exploitables

À la différence des réponses aux QCM’s de TruRating, les opinions formulées sur les plate-formes de leurs concurrents TripAdvisor, Yelp et Google sont visibles également par les clients potentiels et sont riches en informations car basées sur des questions ouvertes implicites. Elles sont de plus consultables gratuitement par le commerçant ou le restaurateur ! Il est nécessaire bien sûr au préalable d’évacuer les faux avis.

Raison Principale #4 : La solution TruRating impose un doublement du prix de location mensuelle du terminal de paiement

Le prix de location mensuelle d’un terminal de paiement est d’environ 20 euros par mois, auquel il faudrait rajouter 25 dollars de redevance mensuelle pour bénéficier du sondage Trurating, soit presque le double voir le triple du prix minimum d’une simple location d’un outil de paiement.

Raison Principale #5 : Une stratégie commerciale brouillonne aux antipodes de celle qui a fait ses preuves, ville par ville, de Uber

La principale erreur du couple Nelson est d’avoir voulu conquérir au moins 4 pays presque en même temps. Résultat des courses : Ils n’ont conquis à ce jour aucune ville dans le monde. Je pense que cette stratégie brouillonne et dispersée, vient du fait qu’ils ont levé dès le départ, beaucoup trop d’argent : 1,6 million de dollars en 2014, 3 millions de dollars en 2015 et 12,6 millions de dollars en 2016. Ils auraient dû tester leur idée au préalable dans une seule ville et attendre un bouche à oreille positif, pour ensuite étendre leur activité, mégapole par mégapole.

Je termine par les derniers mots du commentaire laissé le 30 août par Mavin Patel, sur la page TruRating de Seedrs, en parlant de la valorisation, que je partage sans surprise (mots en gras de mon fait) :

£79m is a joke.

Ce sera aussi ma réponse définitive à Gabriel !

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